Alors que des efforts sont en cours pour faire réfléchir l’IA davantage comme les humains, des chercheurs d’Elon University étudient le phénomène inverse — la manière dont l’IA pourrait remodeler la pensée humaine.
Un rapport universitaire récemment publié, « Être humain en 2035 : comment changeons-nous à l’ère de l’IA ? », livre un pronostic sombre : à mesure que l’IA façonne de plus en plus la vie quotidienne et que les agents prennent en charge davantage de tâches humaines, les individus pourraient perdre certains aspects de leur humanité, tandis que leurs compétences comportementales s’éroderaient progressivement.
Les domaines dans lesquels les humains pourraient changer
Quelque 301 experts prédisent que l’adoption de l’IA d’ici 2035 entraînera des changements principalement négatifs dans neuf domaines :
- L’intelligence sociale et émotionnelle
- La capacité et la volonté de réfléchir en profondeur à des concepts complexes
- La confiance dans les normes et les valeurs largement partagées
- La confiance en leurs capacités innées
- L’empathie et l’application du jugement moral
- Le bien-être mental
- Le sentiment d’agir
- Le sentiment d’identité et de but
- La métacognition
Trois domaines dans lesquels les humains devraient évoluer favorablement d’ici 2035 :
- La curiosité et la capacité à apprendre
- La prise de décision et la résolution de problèmes
- La pensée innovante et la créativité
Globalement, les experts se sont montrés quelque peu optimistes : 61 % s’attendent à ce que les changements liés à l’évolution des humains et des systèmes d’IA soient soit « profonds et significatifs », soit « fondamentaux et révolutionnaires ». Quelque 31 % s’attendent à des changements « modérés et perceptibles », tandis que 8 % estiment qu’ils seraient « à peine perceptibles » ou « sans conséquence ».
L’avenir fragile des traits humains
L’immense majorité des quelque 200 experts qui ont rédigé des essais pour le rapport sur le thème principal, « Être humain à l’ère de l’IA », se sont concentrés sur les problèmes potentiels.
Tout en reconnaissant que l’IA sera bénéfique à la société de manière déterminante, la plupart se sont dits préoccupés par ce qu’ils perçoivent comme l’avenir fragile de certains traits humains essentiels. Pourtant, plusieurs essais laissent entrevoir une lueur d’espoir : puisque les humains sont capables de s’adapter, ils trouveront des moyens de réussir et même de s’épanouir.
« Le livre le plus vendu de 2035 sera “Ce qui fut humain” et il sera écrit par une IA. Les achats effectués par d’autres IA dépasseront largement ceux des lecteurs humains », a écrit le futurologue et prospectiviste spécialisé dans les technologies Paul Saffo. « Cela s’explique par le fait qu’en 2035, les humains seront tellement habitués à ce que des IA lisent les livres à leur place avant de leur en restituer un résumé que la plupart ne sauront plus les lire eux-mêmes. »
Un analyste senior en prospective, qui a demandé à rester anonyme, a écrit : « Il est raisonnable de supposer qu’au début des années 2030, la technologie sera intégrée à de nombreux aspects de la vie humaine, et que la possibilité d’approfondir une question, d’élargir sa compréhension, de vérifier la véracité ou la fausseté d’une interprétation, ainsi que l’option de faire appel à un agent capable d’exécuter des tâches en votre nom, seront à la fois largement répandues et standard. Cela pourrait entraîner des conséquences évidentes, comme des environnements de contenus numériques hyperpersonnalisés et une érosion de la vie privée, mais aussi une redéfinition des relations. »


