L’Union européenne ouvre la voie à sept nouvelles gigafabriques d’IA, avec jusqu’à 10 milliards d’euros (11,5 milliards de dollars US) de financements publics, dans le cadre de son plus vaste effort d’infrastructure à ce jour, alors qu’elle tente de rattraper les États-Unis et la Chine dans la course mondiale à l’intelligence artificielle.
La Commission européenne a lancé jeudi un appel d’offres pour ces projets, précisant que les financements seraient complétés par au moins 20 milliards d’euros d’investissements privés, portant le montant total attendu des investissements à plus de 30 milliards d’euros.
Cette initiative élargit un projet précédent qui prévoyait jusqu’à cinq gigafabriques après le vif intérêt manifesté par les pays de l’UE et l’industrie.
Ces infrastructures viendront s’ajouter au réseau existant de 19 usines d’IA en Europe et sont conçues pour donner aux startups, aux chercheurs, aux entreprises, aux universités et aux organismes publics accès à la puissance de calcul à grande échelle nécessaire pour entraîner, affiner et exécuter des modèles d’IA avancés, selon la Commission européenne.
Les gigafabriques prévues combineront des processeurs d’IA avancés, des infrastructures cloud, des piles logicielles, des réseaux à haut débit et des centres de données économes en énergie.
Les projets seront financés conjointement par l’Entreprise commune européenne pour le calcul à haute performance (EuroHPC JU) et les États membres participants. Dix-huit pays de l’UE ont déjà signé un accord de passation de marché conjoint pour soutenir l’initiative.
Dans le cadre du programme, jusqu’à quatre projets pourraient recevoir chacun jusqu’à 500 millions d’euros de financements européens répartis sur deux phases de développement, tandis que trois projets de plus grande envergure pourraient recevoir chacun jusqu’à 1 milliard d’euros. Les sites les plus importants déploieront à terme plusieurs fois plus de processeurs d’IA avancés que l’usine d’IA actuellement la plus puissante d’Europe.
Les candidatures sont ouvertes aux consortiums réunissant des entreprises technologiques, des fournisseurs cloud, des investisseurs et des organismes publics. L’appel d’offres prend fin le 12 novembre, et les lauréats devraient être annoncés début 2027. La construction doit commencer l’année prochaine, et les infrastructures retenues devraient être opérationnelles dans les 18 mois suivant la signature des contrats.
Les fabricants américains de puces soutiennent l’initiative
Afin de garantir l’accès au matériel d’IA, la Commission a signé des lettres d’intention avec AMD, Nvidia et Qualcomm, permettant aux consortiums de projets de se procurer des puces avancées tout en laissant également aux fournisseurs et startups européens la possibilité de participer à la chaîne d’approvisionnement.
La Commission a déclaré que les systèmes d’IA développés dans ces infrastructures respecteront les règles de l’UE en matière de protection des données, de sûreté, de sécurité et d’éthique.
Soulignant la nécessité d’accroître les capacités de calcul, la responsable tech de l’UE Henna Virkkunen a déclaré, « L’accès à l’échelle brute de la puissance de calcul au sein des gigafabriques d’IA est une nécessité stratégique pour l’Europe, alors que le développement de l’IA s’accélère. »
L’Europe doit encore relever un défi de taille
Cet investissement reflète l’inquiétude croissante de l’Europe face au fait qu’elle reste fortement dépendante des fournisseurs cloud et des infrastructures d’IA américains, tandis que la Chine continue d’accroître ses propres capacités de calcul.
La Commission espère que ces nouvelles infrastructures renforceront la souveraineté technologique de l’Europe en permettant de développer des modèles d’IA avancés sur des infrastructures situées au sein du bloc plutôt qu’en dépendant de fournisseurs étrangers.
L’Europe reste toutefois confrontée à des difficultés importantes. La région importe la plupart de ses puces d’IA avancées, les coûts de l’électricité y sont généralement plus élevés qu’aux États-Unis et en Chine, et les grands projets de centres de données font souvent l’objet d’un examen attentif en raison de leur consommation d’électricité et d’eau.
La demande commerciale à long terme sera également un test majeur, les soumissionnaires devant démontrer que leurs modèles économiques proposés sont financièrement viables.
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