Les ordinateurs quantiques sont réputés extrêmement difficiles à faire fonctionner. QuEra pense que Claude pourrait les rendre un peu moins capricieux.
Cette entreprise d’informatique quantique a déclaré que Claude, le modèle d’Anthropic, avait développé et validé un logiciel capable de récupérer automatiquement un système laser essentiel utilisé pour contrôler ses ordinateurs quantiques à atomes neutres. Selon QuEra, le système ainsi conçu peut se remettre de certaines défaillances laser en quelques secondes, contre plusieurs minutes lorsqu’un spécialiste humain est nécessaire.
L’expérience ouvre la voie à un partenariat potentiellement important entre deux technologies émergentes : des agents d’IA capables de raisonner face à des problèmes d’ingénierie complexes et des ordinateurs quantiques dont la complexité croissante exige de plus en plus une automatisation sophistiquée.
Claude a appris à récupérer les lasers de QuEra
Les ordinateurs quantiques de QuEra utilisent des atomes neutres comme qubits et des lasers pour les manipuler. Ces lasers doivent rester à des fréquences précises, mais ils peuvent dériver suffisamment pour que le système cesse de fonctionner jusqu’à ce que quelqu’un corrige le problème.
Les perturbations courantes sont déjà automatisées. QuEra affirme que son ordinateur quantique Aquila de 256 qubits, accessible via Amazon Braket, affiche une disponibilité supérieure à 99 %. Les défaillances laser plus complexes ont toutefois traditionnellement nécessité l’intervention de spécialistes connaissant suffisamment bien le système pour le diagnostiquer et le rétablir.
C’est le problème que QuEra a soumis à Claude.
QuEra affirme qu’une équipe de quatre spécialistes a consacré environ deux à trois semaines à la création d’un premier script de récupération prenant en compte les conditions de défaillance connues. À l’aide d’un banc de test dédié, Claude a mené des expériences, évalué les résultats, ajusté son approche et répété le processus sur des centaines de cas de défaillance.
Lors des tests formels, QuEra a déclaré que le contrôleur ainsi obtenu avait réussi à récupérer le système après 695 perturbations chronométrées sur 700, réparties en sept catégories de pannes. La plupart des récupérations ont pris moins de six secondes, tandis que les plus difficiles ont demandé environ 10 à 14 secondes. Selon QuEra, des récupérations similaires peuvent prendre cinq à 10 minutes à un expert humain.
Les travaux ont été menés à l’aide du nouveau Model Hardware Standard, ou MHS, une spécification conçue pour permettre aux agents d’IA d’interagir avec des équipements scientifiques et industriels physiques.
Anthropic explique que le MHS fournit une interface standardisée grâce à laquelle les agents peuvent lire les informations provenant des équipements et envoyer des commandes, tout en restant dans des limites prédéfinies et en respectant des contrôles de sécurité. Cette préversion de recherche est également testée avec des instruments de laboratoire, des robots et des équipements de fabrication.
Claude a finalement produit un logiciel de contrôle conventionnel et déterministe, plutôt que de devenir l’IA contrôlant en permanence le laser lui-même. Le programme obtenu fonctionnait de manière autonome sur le banc de test, et QuEra vise désormais à déployer le système de récupération sur des processeurs quantiques opérationnels.
Les ingénieurs de QuEra ont défini les limites de l’expérience, supervisé le processus et déterminé ce qui constituait un résultat positif.
Cette distinction est importante. L’expérience consiste moins à confier un ordinateur quantique à une IA autonome qu’à utiliser l’IA pour créer une automatisation de tâches qui dépendaient auparavant largement d’une expertise humaine rare.
Claude fait de plus en plus son apparition dans les travaux scientifiques au-delà des tâches traditionnelles des chatbots. Anthropic a récemment déclaré que le modèle avait conçu des protéines de liaison qui ont ensuite été testées en laboratoire. Un autre modèle de recherche de Claude a produit un nouveau résultat mathématique en s’attaquant à un problème lié à l’hypothèse de Riemann.
Ce qu’a découvert eWeek : le problème de passage à l’échelle du quantique ne concerne pas uniquement les qubits
L’aspect le plus frappant de l’expérience de QuEra est l’écart de vitesse entre la récupération automatisée des lasers et l’intervention manuelle. Le véritable enjeu pourrait être ce qui se produira à mesure que les ordinateurs quantiques deviendront beaucoup plus complexes.
Pour changer d’échelle, les machines quantiques ont besoin de bien plus que de qubits supplémentaires. Elles nécessitent également des circuits de contrôle, des lasers ou des systèmes de refroidissement, de l’étalonnage, de la correction d’erreurs et des logiciels capables de maintenir en fonctionnement fiable un matériel de plus en plus complexe.
Les travaux récents d’IBM sur un vaste système de refroidissement quantique illustrent le même problème sous un autre angle. La construction d’ordinateurs quantiques plus grands ressemble de plus en plus à un défi d’ingénierie système, plutôt qu’à une course exclusivement axée sur les performances des processeurs.
QuEra est particulièrement confrontée à ce problème, car les nouveaux systèmes à atomes neutres peuvent nécessiter un nombre croissant de lasers contrôlés avec précision. Si chaque défaillance inhabituelle exige l’intervention manuelle de l’un des relativement rares experts disponibles, le déploiement d’ordinateurs quantiques en dehors de laboratoires étroitement contrôlés devient plus difficile.
L’automatisation développée par l’IA pourrait contribuer à éliminer une partie de ce goulet d’étranglement.
QuEra affirme vouloir étudier l’utilisation de la même approche pour d’autres sous-systèmes d’ordinateurs quantiques. L’entreprise travaille également sur Libra, un ordinateur quantique tolérant aux pannes qu’elle prévoit de rendre accessible via Amazon Braket en 2028.
Des limites importantes subsistent. Anthropic reconnaît que le raisonnement physique et spatial de Claude reste imparfait et que la supervision d’experts demeure nécessaire lorsque les agents interagissent avec des équipements du monde réel.
Mais l’expérience de QuEra suggère que la contribution de l’IA à l’informatique quantique pourrait se concrétiser avant que l’IA ne commence à exécuter des algorithmes quantiques sophistiqués. Son rôle le plus immédiat pourrait être moins spectaculaire et potentiellement tout aussi important : aider les ingénieurs à maintenir en fonctionnement des machines quantiques extraordinairement complexes.
À lire également : Claude approfondit son rôle dans la recherche scientifique, Anthropic affirmant que son IA a conçu des protéines de liaison qui ont ensuite été validées lors de tests en laboratoire.


