Aux Philippines, un chirurgien vient d’opérer un patient situé à environ 1 380 kilomètres de distance, selon les autorités sanitaires philippines.
Des médecins de Pampanga et de Cotabato City ont réalisé ce que le ministère philippin de la Santé a qualifié de premières téléchirurgies robotisées transrégionales du pays, le 5 septembre. Ils ont utilisé un système robotisé pour effectuer des opérations de la vésicule biliaire, alors que les chirurgiens et les patients se trouvaient dans des régions différentes du pays. Cette avancée donne un aperçu de la manière dont la robotique pourrait à terme permettre à des patients situés bien au-delà des blocs opératoires où exercent les chirurgiens experts d’accéder à des interventions spécialisées.
La technologie est impressionnante. La question la plus importante est de savoir si les Philippines, un archipel de plus de 7 000 îles, pourraient constituer un terrain d’expérimentation particulièrement intéressant pour la chirurgie à distance.
Deux hôpitaux, deux opérations à distance
Les interventions ont relié le Jose B. Lingad Memorial General Hospital, à Pampanga, au Cotabato Regional and Medical Center, à Cotabato City. Le ministère philippin de la Santé a indiqué que les deux hôpitaux étaient distants de 1 380 kilomètres.
Le Dr Ryan Quiambao, depuis l’hôpital de Pampanga, a réalisé à distance une cholécystectomie robotisée, c’est-à-dire une ablation de la vésicule biliaire, sur un patient de Cotabato City. Les chirurgiens Al-Jazzer Angas et Louis Gerard Agustin ont ensuite inversé le dispositif, en opérant à distance depuis Cotabato City un patient de Pampanga.
Les deux interventions ont été réalisées sans incident en moins d’une heure, avec une perte de sang minime, selon les autorités sanitaires. Selon la presse locale, les opérations ont également été effectuées gratuitement pour les patients dans le cadre de la politique Zero Balance Billing du ministère de la Santé.
Un désaccord porte toutefois sur la distance exacte. Les autorités sanitaires philippines et plusieurs médias locaux évaluent la distance entre les deux hôpitaux à 1 380 kilomètres, tandis que SS Innovations, le fabricant du système robotisé utilisé lors des interventions, l’a ensuite estimée à environ 1 710 kilomètres.
Les opérations ont été réalisées avec le SSI Mantra Robotic Surgery System, développé en Inde. Le fondateur et PDG de SS Innovations, Sudhir Srivastava, qui a conçu le système, s’est rendu de New Delhi sur place pour observer les interventions et fournir une assistance technique aux côtés des équipes de l’entreprise.
Une connectivité fiable était également au cœur de la démonstration. Des équipes techniques ont contribué à maintenir la connexion internet utilisée pour les interventions, selon la presse locale qui a relaté les opérations.
Cette avancée philippine intervient alors que la robotique médicale commence à dépasser le modèle traditionnel d’un chirurgien assis à seulement quelques dizaines de centimètres du patient. Des chercheurs et des entreprises de technologies médicales travaillent également à accroître les niveaux d’automatisation et d’intervention à distance.
Philips, par exemple, a récemment reçu jusqu’à 33,7 millions de dollars US pour développer des robots autonomes dotés d’IA pour le traitement des AVC. Le projet en est encore au stade préclinique, mais il associe robotique, imagerie médicale, navigation par IA et intervention à distance afin de rapprocher les procédures spécialisées de traitement des AVC des patients qui ne peuvent pas facilement se rendre dans les grands centres de soins.
D’autres technologies transforment la manière dont les chirurgiens utilisent les informations au bloc opératoire. À Duke Health, par exemple, un chirurgien a récemment utilisé Apple Vision Pro lors d’une intervention de la hanche pour garder sous les yeux les images et les informations de planification chirurgicale pendant l’opération.
Cette évolution s’inscrit également dans une vaste dynamique de développement de la robotique en Asie, où les pouvoirs publics et les entreprises testent de plus en plus les machines en dehors des laboratoires contrôlés. Singapour, par exemple, transforme son Punggol Digital District en terrain d’essai en conditions réelles pour l’IA physique et les robots.
Ce qu’a constaté eWeek : le robot n’est qu’une partie de l’avancée
La distance parcourue rend la démonstration spectaculaire, mais l’enjeu principal réside dans tout ce qui devait fonctionner autour du robot. Les interventions mettent en évidence quatre facteurs susceptibles de déterminer si la téléchirurgie passera du statut d’exploit à celui de pratique médicale courante :
- La distance devient un obstacle moins important pour accéder à l’expertise chirurgicale. Le chirurgien de Pampanga contrôlait des instruments robotisés opérant sur un patient de Cotabato City, puis les chirurgiens de Cotabato ont inversé le dispositif. Dans un archipel de plus de 7 000 îles, cela pourrait à terme permettre à des spécialistes concentrés dans les grands centres médicaux de prendre en charge des patients sans que ceux-ci aient à se déplacer.
- La connectivité devient partie intégrante du bloc opératoire.La chirurgie robotisée à distance dépend de communications fiables et à faible latence pour transmettre les informations et les signaux de commande entre le chirurgien et le robot. La fiabilité du réseau passe ainsi du simple enjeu informatique à celui d’un élément de l’infrastructure qui permet l’intervention.
- À distance ne signifie pas autonome. Les chirurgiens sont restés aux commandes du système SSI Mantra, tandis que des équipes médicales se trouvaient physiquement auprès des patients. La téléchirurgie peut étendre la portée d’action d’un chirurgien, mais elle ne supprime pas le besoin de cliniciens formés, d’infirmiers, de techniciens biomédicaux ni de plans de secours sur le lieu où se trouve le patient.
- Le véritable test aura lieu après la démonstration. Les deux opérations ont été réalisées sans incident en moins d’une heure, selon les autorités sanitaires, mais la téléchirurgie courante obligerait les hôpitaux à reproduire cette performance sans soutien exceptionnel. La fiabilité des réseaux, la cybersécurité, le coût des équipements, la formation, la réglementation et les procédures à suivre en cas de perte de connexion pourraient finalement compter autant que le robot lui-même.
Les Philippines ont désormais démontré que des chirurgiens pouvaient opérer à distance des patients situés à plusieurs centaines de kilomètres. La question suivante est plus difficile : les hôpitaux parviendront-ils à construire autour de cette capacité une infrastructure suffisamment solide pour faire de la chirurgie à distance une pratique courante plutôt qu’un exploit exceptionnel ?
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