L’IA pourrait réduire le pouvoir et l’influence que les conseils d’administration exercent sur les organisations, selon une série d’entretiens menés par la Harvard Business Review. S’il peut sembler banal d’utiliser des applications d’IA pour permettre aux présidents de conseil d’automatiser des tâches comme l’élaboration des ordres du jour et la constitution de comités du conseil, cela pourrait en réalité conduire à ce que la HBR appelle un « risque d’empiètement », qui survient lorsque « l’utilisation de l’IA finit par affaiblir ou éroder l’influence du président du conseil sur les tâches qui concentrent le pouvoir ».
Les chercheurs ont interrogé 27 présidents de conseil d’entreprises cotées à la Bourse de Toronto, dont les actifs s’élevaient en moyenne à 9,04 milliards de dollars US et les revenus à 3,7 milliards de dollars US. Les secteurs représentés comprenaient l’industrie, l’énergie, les matériaux, l’immobilier, l’informatique, la finance, les biens de consommation discrétionnaire et la santé.
Trois tâches qui concentrent le pouvoir et qui relèvent des présidents de conseil
La HBR a identifié trois tâches qui concentrent le pouvoir et qui relèvent des présidents de conseil : gérer l’ordre du jour, résumer les discussions et évaluer les performances des membres du conseil.
« Confier à l’IA la création de l’ordre du jour — en fonction, par exemple, du temps qu’il a fallu par le passé pour examiner chaque point — contourne complètement la réflexion stratégique du président », a déclaré la HBR. Les présidents de conseil exercent également une influence en coulisses sur la circulation de l’information, que l’IA ne peut pas facilement reproduire. Résumer les discussions est une tâche que l’IA pourrait aisément accomplir, « mais c’est un moyen puissant pour le président d’orienter la manière dont le conseil comprend les sujets et les conclusions auxquelles il parvient ». À l’inverse, l’IA peut manquer certaines nuances, comme ce que les gens ne disent pas ou les changements d’humeur, qu’un président efficace saura percevoir en observant l’atmosphère de la salle.
La technologie n’est pas non plus équipée pour garantir le bon fonctionnement de l’ensemble du conseil et la présence d’un éventail adéquat de compétences et d’expertises.
Trois moyens de réduire le risque d’empiètement
Certains postes de direction, comme celui de président de conseil ou ceux de dirigeants du comité exécutif, pourraient être particulièrement exposés à l’empiètement de l’IA, affirme l’article. Il est important de déterminer qui doit définir l’orientation de l’organisation, plutôt que de se contenter d’exécuter les opérations quotidiennes.
Une fois les rôles stratégiques identifiés, la HBR recommande de « travailler avec ces personnes pour déterminer précisément les tâches qui sont au cœur de leur capacité à exercer une influence — et qui ne se prêtent donc pas à l’automatisation par l’IA ».
La capacité à définir la mission et la vision à long terme de l’entreprise nécessite une compréhension approfondie des tendances du marché, des valeurs sociales et des motivations des principales parties prenantes.
La HBR estime qu’il est important d’élaborer des politiques claires précisant où l’IA peut être utilisée et dans quels cas une supervision humaine doit être maintenue, afin de garantir que la technologie soutienne la prise de décision stratégique au lieu de la remplacer.
Si l’IA peut suggérer une structure pour l’ordre du jour, la décision finale doit revenir au président du conseil. De même, l’IA peut générer des synthèses des discussions, mais le président doit les relire et les enrichir pour s’assurer qu’elles sont conformes aux objectifs du conseil.
L’objectif est d’utiliser l’IA pour renforcer l’automatisation plutôt que pour éroder l’influence des dirigeants. Un article récent de PwC propose également des recommandations aux conseils d’administration sur l’utilisation stratégique de l’IA afin d’assurer une supervision efficace et de rester en phase avec les objectifs de l’entreprise, tout en tenant compte des risques.


