Plus de 1 000 musiciens et groupes, parmi lesquels Kate Bush, Damon Albarn, Annie Lennox, Billy Ocean et Jamiroquai, ont sorti mardi un album silencieux. Cette sortie pour le moins inhabituelle constitue une protestation directe contre le projet du gouvernement britannique d’envisager des modifications du droit d’auteur qui pourraient laisser les entreprises d’IA libres d’entraîner leurs modèles d’IA sur de la musique disponible en ligne. Les changements proposés permettraient également aux développeurs d’IA d’utiliser des contenus protégés par le droit d’auteur sans avoir besoin du consentement des artistes, un bouleversement susceptible de redéfinir l’industrie musicale, et pas à l’avantage des créateurs humains.
Lorsque l’on assemble les titres des chansons de l’album silencieux intitulé « Is This What We Want? », on obtient la phrase suivante : « The British Government Must Not Legalise Music Theft To Benefit AI Companies. »
Pourquoi cet album silencieux est important
Si le gouvernement britannique donne son feu vert à ces propositions, les entreprises d’IA pourraient aspirer la musique accessible au public et la réutiliser pour entraîner des modèles d’IA. Pour les musiciens, il ne s’agit pas seulement d’une zone grise juridique : c’est un désastre potentiel. De nombreux artistes comptent sur les royalties et les accords de licence pour faire vivre leur carrière. Autoriser l’IA à assimiler et à reproduire leurs œuvres sans permission pourrait dévaloriser leur art, perturber leurs revenus et brouiller la frontière entre musique créée par des humains et musique créée par des machines.
L’IA utilise déjà la voix de certaines célébrités
Ce problème n’est pas hypothétique : l’IA est déjà capable de cloner les voix de célébrités avec une précision troublante. Des morceaux de musique deepfake devenus viraux aux albums entiers générés par l’IA et imitant de véritables artistes, la technologie progresse à un rythme alarmant. Les auditeurs en arrivent au point où ils ne parviennent plus à distinguer une chanson générée par l’IA d’un morceau original.
Pour les musiciens, cela soulève des questions existentielles : si l’IA peut reproduire leur son, qu’adviendra-t-il de leur identité artistique ? Et si la musique générée par l’IA devient indiscernable des chansons créées par des humains, comment l’industrie définira-t-elle l’authenticité ?
La menace de l’IA pour la créativité
La protestation de l’album silencieux met en lumière un problème plus important : le rôle croissant de l’IA dans les arts créatifs. Si l’IA peut être un outil précieux pour améliorer la production, sa capacité à créer de manière autonome de la musique, de l’art et même de la littérature soulève des inquiétudes quant à l’originalité et à la propriété. Si l’IA est entraînée sur de la musique créée par des humains sans aucune restriction, elle pourrait saturer l’industrie de chansons générées par des machines, réduisant les possibilités offertes aux véritables artistes et diminuant la valeur de la créativité humaine. Par cette protestation, les artistes envoient un message clair : ils ne resteront pas les bras croisés pendant que l’IA exploite leurs œuvres. La vraie question reste toutefois de savoir si les législateurs les écouteront.


