Dans le monde post-pandémie marqué par la pénurie de compétences, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et les enjeux géopolitiques, les fabricants peinent à fonctionner à pleine capacité. Pour tenter de résoudre ces problèmes, les fabricants et les prestataires logistiques ont recherché des solutions plus proches de chez eux – ils ont « relocalisé » leurs activités.
L’objectif principal de la relocalisation est de reprendre le contrôle de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, de bout en bout — il s’agit de fabriquer les produits sur le territoire national, et c’est un processus qui gagne du terrain auprès d’entreprises du monde entier.
En Amérique du Nord, le constat est le même. De nombreuses entreprises américaines ont commencé à s’éloigner de la mondialisation comme modèle par défaut, des recherches suggérant que près de 350 000 emplois ont été relocalisés aux États-Unis en 2022 — une hausse notable par rapport aux 260 000 emplois de 2021.
Ce mouvement a également conduit les entreprises à moins dépendre de la Chine. Désormais, de nombreuses économies, notamment les États-Unis, l’Inde et l’Union européenne, cherchent à établir une feuille de route permettant d’équilibrer les chaînes d’approvisionnement et d’accroître leur résilience. La stratégie « China Plus One » est une approche adoptée par plusieurs entreprises qui cherchent à s’approvisionner auprès d’autres destinations. Déjà, de nombreuses entreprises se sont tournées vers le Vietnam et l’Inde comme solutions de remplacement, les deux pays faisant état d’une hausse des investissements d’entreprises américaines qui y ont construit des usines.
Selon le Reshoring Initiative IH 2022 Data Report, les lacunes des chaînes d’approvisionnement, la nécessité d’une plus grande autosuffisance et un climat géopolitique instable sont les principaux facteurs qui favorisent la relocalisation. Le rapport révèle que 69 % des entreprises citent les perturbations des chaînes d’approvisionnement comme la principale raison de leur relocalisation.
Une initiative est désormais engagée à l’échelle nationale pour renforcer les chaînes d’approvisionnement et promouvoir la fabrication nationale, avec l’introduction en décembre 2022 du projet de loi bipartisan National Development Strategy and Coordination Bill. Ce projet de loi souligne l’importance de la relocalisation de la production pour le développement économique national à l’horizon 2023.
Durabilité et technologie dans la relocalisation
Une étude récente commandée par IFS, menée auprès de décideurs de haut niveau travaillant pour de grandes entreprises dans le monde entier, révèle que 72 % d’entre eux ont accru leur recours à des fournisseurs nationaux par rapport aux fournisseurs internationaux.
Du point de vue de la durabilité, les bénéfices potentiels sont considérables. En effet, la relocalisation offre aux fabricants une occasion en or d’examiner attentivement leurs processus de production et la manière dont ils peuvent mettre en place des processus plus durables.
Elle peut par exemple réduire les émissions de CO2 en diminuant les transports et favoriser une réduction de la surproduction inutile en rapprochant les chaînes d’approvisionnement. Alors que le monde entier s’efforce d’agir de manière plus durable dans la course vers la neutralité carbone, les bénéfices environnementaux joueront un rôle majeur dans l’élaboration de nouvelles stratégies d’approvisionnement.
Cependant, les matières premières, les composants et les produits qu’ils se procurent auprès de fournisseurs risquent de devenir plus coûteux, d’autant plus que l’inflation continue de s’accélérer dans le monde. En conséquence, 53 % d’entre eux ont envisagé d’augmenter la proportion de matériaux et de composants produits en interne. Mais là encore, ces mesures et d’autres initiatives similaires que les organisations prennent désormais pour atténuer les risques sont susceptibles d’ajouter des coûts, de la complexité et du gaspillage à la chaîne d’approvisionnement.
Par conséquent, la relocalisation n’est pas une solution miracle pour atténuer totalement les perturbations des chaînes d’approvisionnement. Souvent, les entreprises sous-estiment l’ampleur des efforts, des coûts et de la planification logistique nécessaires à la réussite d’une relocalisation.
Mais pour de nombreuses entreprises américaines, les coûts supplémentaires liés à la fabrication dans le pays sont largement compensés par les économies réalisées sur les frais de douane et d’expédition, ainsi que par les bénéfices supplémentaires en matière de durabilité associés aux activités menées à l’étranger.
C’est ici que les organisations ont besoin de l’aide de la technologie — celle-ci peut en effet jouer un rôle déterminant dans la résolution des problèmes liés à la chaîne d’approvisionnement, à la main-d’œuvre et à la production qu’implique la relocalisation.
Pour 94 % des répondants à une récente étude de McKinsey, l’Industrie 4.0 a contribué à maintenir les activités pendant la pandémie de COVID-19, tandis que 56 % supplémentaires ont affirmé que les technologies de l’Industrie 4.0 avaient été essentielles pour apporter des réponses efficaces.
Un nouvel IDC InfoBrief, sponsorisé par IFS et intitulé Shaping the Future of Manufacturing, met en évidence une corrélation directe entre la maturité numérique et les bénéfices. Selon l’étude, les fabricants faisant état d’un niveau optimisé de transformation numérique ont vu leurs bénéfices augmenter de 40 %, tandis que ceux dont la maturité en matière de transformation numérique était moins avancée ont subi des baisses de bénéfices plus importantes au cours du dernier exercice fiscal.
La technologie a rapidement répondu à la demande d’agilité et de « Time to Insight » (TTI) — soit le délai nécessaire pour obtenir des informations exploitables — dont les fabricants ont besoin pour mieux prévoir la demande et disposer d’une vision plus détaillée de la durabilité dans l’ensemble des chaînes d’approvisionnement des produits. Une gestion exceptionnelle de la chaîne d’approvisionnement sera essentielle dans le mouvement de relocalisation. L’étude d’IFS a montré que 37 % des répondants considéraient désormais la gestion de la chaîne d’approvisionnement comme l’une des trois principales priorités que leur organisation cherche à traiter par des investissements technologiques.
La relocalisation en pratique : les bénéfices en valent-ils la peine ?
Dans un récent indice Kearney consacré à la relocalisation de la production, 92 % des dirigeants ont exprimé un avis favorable à son égard. Et cela n’a rien de surprenant si l’on considère les bénéfices supplémentaires qu’elle offre. Outre un écosystème de chaîne d’approvisionnement mieux protégé, la relocalisation présente également des avantages positifs pour la société.
Selon la U.S. Reshoring Initiative, en 2021, les efforts privés et fédéraux visant à assurer l’approvisionnement national américain en biens essentiels ont propulsé les annonces d’emplois liées à la relocalisation et aux investissements directs étrangers (IDE) à un niveau record.
D’une manière plus générale, les fabricants ont beaucoup à gagner en matière de rentabilité et de chaîne d’approvisionnement. Par exemple, des recherches ont révélé que 83 % des consommateurs américains sont prêts à payer 20 % de plus pour des produits fabriqués aux États-Unis, tandis que 57 % supplémentaires affirment que l’origine d’un produit influencerait leur décision d’achat.
Du point de vue de la gestion, le contrôle des opérations s’est considérablement renforcé. Regrouper toutes les opérations sur un site centralisé permet aux entreprises de mieux maîtriser leurs processus. Les fabricants bénéficieront également de chaînes d’approvisionnement plus courtes, car une grande partie de la production actuelle est stimulée par l’IoT, l’IA et l’apprentissage automatique, capables d’effectuer des tâches monotones 24 heures sur 24.
Au quotidien, les équipes sur site bénéficieront d’une collaboration accrue, la relocalisation réduisant considérablement le décalage horaire entre le siège et l’usine de production.
La technologie doit favoriser la relocalisation
Il est facile de comprendre pourquoi l’attrait de la relocalisation encourage le développement d’initiatives de production aux États-Unis. En s’attaquant dès maintenant à la relocalisation avec les technologies adéquates, de manière efficace et rentable, les fabricants se donneront les moyens non seulement de survivre, mais aussi de prospérer à long terme.
Bien sûr, comme pour toute transformation majeure, des obstacles restent à surmonter. Mais les résultats à long terme de la relocalisation, de la création d’emplois au renforcement du contrôle de la production, semblent indiquer qu’il s’agit d’une aventure qui en vaut la peine. Alors que de plus en plus d’entreprises dans le monde cherchent à relocaliser leurs activités dans leur pays d’origine, les fabricants auront besoin d’une plateforme logicielle flexible et agile pour les guider et faire de la relocalisation une réalité à grande échelle.
À propos de l’autrice :
Maggie Slowik est directrice mondiale du secteur de la production chez IFS.


