Une nouvelle enquête révèle que plus de la moitié des salariés américains admettent faire régulièrement semblant d’être occupés au travail. Ce comportement est connu sous le nom de « ghostworking ».
Qu’est-ce que le ghostworking ?
« Le ghostworking… est une mise en scène », explique Keith Spencer, expert des carrières chez Resume Now, l’entreprise à l’origine du rapport. « Il consiste à donner activement l’impression d’être occupé sans réellement s’investir dans un travail utile. »
Selon l’enquête, 58 % des salariés pratiquent régulièrement le ghostworking, tandis que 34 % supplémentaires déclarent le faire occasionnellement. Alors, que font ces salariés au lieu d’accomplir les tâches qui leur sont confiées ? L’enquête révèle que 92 % consacrent un certain temps à chercher de nouvelles opportunités professionnelles, et que 55 % admettent ouvertement chercher un emploi pendant leurs heures de travail.
Les licenciements, l’anxiété liée à l’IA et des attentes floues alimentent la tendance
Les difficultés apparues après la pandémie contribuent probablement à l’essor du ghostworking.
Bien que les licenciements se poursuivent depuis 2023 dans des secteurs comme la tech, le problème ne se limite pas à une seule industrie. Malgré un taux de chômage toujours faible aux États-Unis, à 4,2 % selon le Bureau of Labor Statistics, de nombreux salariés redoutent une récession imminente.
Un autre facteur important du ghostworking est l’incertitude concernant l’IA au travail. Alors que les salariés peinent à s’adapter, beaucoup craignent que l’IA finisse par les remplacer. Une enquête LinkedIn Workforce Confidence Survey publiée en mars a révélé que la sécurité de l’emploi et la confiance des salariés dans leur capacité à retrouver un emploi avaient atteint leur plus bas niveau depuis avril 2020, au début de la pandémie.
Pour ajouter à ces inquiétudes, un sondage Gallup réalisé en janvier a montré que 46 % des salariés ne savent toujours pas clairement ce que l’on attend d’eux au travail. Ce décalage avec les objectifs des managers a conduit les salariés à ressentir le besoin de travailler davantage — ou du moins de paraître plus occupés — pour conserver leur poste.
Pourquoi donner l’impression d’être occupé a remplacé la productivité
De nombreuses entreprises insistent pour faire revenir les télétravailleurs au bureau, et les salariés se sentent plus surveillés que jamais.
Lorsque les dirigeants voient un bureau rempli de salariés affairés, ils interprètent souvent cette agitation comme de la productivité ; cela incite les salariés à faire tout ce qui est nécessaire pour paraître occupés, notamment taper au hasard, programmer de fausses réunions et faire semblant de participer à un appel qui n’existe pas.
« Les salariés subissent actuellement une immense pression pour paraître productifs, même lorsque cela va à l’encontre de la productivité réelle », affirme Spencer. « Dans bien des cas, donner l’impression de travailler est devenu aussi important que le travail lui-même. »
La solution pour inverser cette tendance
La solution à l’épidémie de ghostworking devra venir d’en haut. Spencer souligne qu’elle pourrait passer par l’achat de meilleurs équipements pour les salariés, la définition de règles concernant les réunions et les communications, et éventuellement l’utilisation d’un logiciel de surveillance des salariés.


