Les lunettes intelligentes de Meta pourraient bientôt se heurter à un obstacle réglementaire de moins en Europe.
La Commission européenne a proposé d’exempter les lunettes intelligentes et autres objets connectés portables des règles qui imposent aux consommateurs de retirer et de remplacer les batteries intégrées. Cette modification pourrait accélérer le déploiement de Meta dans toute l’Europe et réduire les contraintes de conception pour Apple, Google, Samsung et d’autres fabricants d’appareils.
Elle soumet également Bruxelles à un examen attentif : l’exemption risque-t-elle d’affaiblir les règles relatives à la réparabilité et de donner aux entreprises technologiques américaines davantage d’influence sur la réglementation européenne ?
Les règles sur les batteries ont ralenti le déploiement en Europe
La Commission a adopté un acte délégué couvrant les lunettes intelligentes, les montres intelligentes, les bracelets de suivi d’activité, les jouets électriques et plusieurs autres produits connectés.
Dans le cadre de l’exemption proposée, les consommateurs n’auraient pas besoin de retirer ou de remplacer eux-mêmes les batteries. Des professionnels indépendants devraient toutefois pouvoir effectuer la réparation, selon The Next Web.
Le règlement européen sur les batteries vise plus largement à prolonger la durée de vie des produits et à réduire les déchets électroniques en imposant que les batteries portables puissent être retirées et remplacées. Les dernières lunettes intelligentes de Meta utilisent des batteries intégrées auxquelles les consommateurs ne peuvent pas facilement accéder, ce qui crée un obstacle de conception et de conformité à un déploiement plus large en Europe.
Le Parlement européen et les États membres de l’UE ont désormais la possibilité de s’y opposer. Politico a rapporté qu’ils disposaient de deux mois pour contester l’acte délégué. En l’absence d’objection, la mesure serait publiée au Journal officiel de l’Union européenne et entrerait en vigueur au bout de 20 jours.
Les critiques américaines ont accru la pression politique
L’ambassadeur des États-Unis auprès de l’UE, Andrew Puzder, a publiquement critiqué les règles sur les batteries en mars, estimant qu’elles étaient trop restrictives et empêchaient la vente de ce qu’il a qualifié de « merveilleux produit américano-européen développé conjointement ».
« Il faut se concentrer sur la possibilité pour les entreprises de se développer et d’innover », a déclaré Puzder, selon Politico.
La Commission a nié avoir changé de cap sous l’effet du lobbying américain. Un porte-parole a déclaré que la proposition faisait suite à des consultations avec des associations de consommateurs, des représentants de l’industrie, des États membres et des experts techniques.
Le processus d’exemption avait également commencé en 2025, avant les déclarations de Puzder. Bien que le calendrier suggère que la proposition était déjà en cours d’élaboration, l’intervention de Puzder a renforcé les interrogations sur l’influence du lobbying de Washington dans le débat.
Sur le plan commercial, cette décision pourrait donner aux fabricants d’objets connectés portables davantage de latitude pour lancer le même matériel sur plusieurs marchés au lieu de redessiner leurs produits spécifiquement pour l’Europe.
Meta pourrait en bénéficier immédiatement, car sa distribution dans la région EMEA est restée plus lente qu’aux États-Unis.
Plus de 7 millions de paires de lunettes intelligentes de Meta ont été vendues dans le monde en 2025, tandis que plus de la moitié des lieux de vente potentiels dans la région EMEA seraient encore dépourvus de ces produits.
Les questions de vie privée restent sans réponse
L’exemption concernant les batteries ne répond pas aux questions plus complexes soulevées par les lunettes intelligentes, notamment en matière de surveillance, de consentement des personnes filmées, de traitement des données et d’entraînement de l’IA.
Cláudio Teixeira, responsable de la politique numérique au sein de l’association européenne de consommateurs BEUC, a mis en garde contre tout affaiblissement des protections existantes.
« L’Europe ne devrait pas diluer la protection des consommateurs », a déclaré Teixeira, selon Firstpost. Il a estimé que les exemptions devraient reposer sur des éléments techniques et des preuves de sécurité clairs, plutôt que sur l’influence de l’industrie.
Meta a mis en avant des mesures de protection de la vie privée, notamment un voyant d’enregistrement, la détection des manipulations et le stockage local des contenus multimédias que les utilisateurs ne partagent pas avec l’entreprise. Les régulateurs européens étudient encore si ces mesures offrent aux personnes filmées un niveau suffisant d’information et de protection.
Le Comité européen de la protection des données devrait achever cet été un rapport sur les lunettes intelligentes. Ses conclusions pourraient influencer l’ampleur de l’utilisation des lunettes intelligentes en Europe, même si l’obstacle lié aux batteries disparaît.
Bruxelles a rendu les lunettes intelligentes plus faciles à vendre, mais pas nécessairement plus faciles à adopter. Les fabricants disposent désormais d’une voie matérielle plus claire pour accéder au marché européen, tandis que les questions de vie privée, de réparabilité et de confiance des consommateurs restent sans réponse.
Lisez notre article sur les lunettes intelligentes de Meta qui pourraient, selon des informations rapportées, prendre des photos et enregistrer du son afin de donner davantage de contexte à son IA.


