Avant de pouvoir nettoyer votre cuisine, les robots doivent s’y entraîner. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) vient de créer un monde virtuel où ils peuvent s’exercer… sans casser de vaisselle.
Une équipe du Computer Science and Artificial Intelligence Laboratory (CSAIL) du MIT et du Toyota Research Institute a mis au point une nouvelle méthode d’IA appelée « génération de scènes pilotable ». Elle construit rapidement des espaces 3D réalistes — comme des cuisines et des salons virtuels — où les robots peuvent s’entraîner en toute sécurité et à grande échelle.
Au cœur du système se trouve une technique de planification appelée recherche arborescente de Monte-Carlo (MCTS) — la même stratégie qu’emploient des programmes d’IA comme AlphaGo pour examiner de nombreuses possibilités avant de sélectionner la meilleure.
« Nous sommes les premiers à appliquer la MCTS à la génération de scènes en formulant cette tâche comme un processus séquentiel de prise de décision », explique Nicholas Pfaff, doctorant au MIT et auteur principal du projet. « Nous continuons à construire à partir de scènes partielles pour produire au fil du temps des scènes meilleures ou plus souhaitables. Ainsi, la MCTS crée des scènes plus complexes que celles sur lesquelles le modèle de diffusion a été entraîné. »
Les robots ont besoin de cette complexité. Alors que les chatbots apprennent à partir de milliers de milliards de mots, les robots dépendent de démonstrations visuelles et physiques réalistes — des données qu’il est long et coûteux de créer manuellement. Le nouveau système automatise ce processus grâce à un modèle d’IA générative qui peut être « piloté » pour construire des scènes détaillées et physiquement exactes.
Lors d’un test, cette approche a permis à l’IA de garnir une table de restaurant virtuelle de 34 éléments, dont de hautes piles de plats de dim sum, alors qu’elle n’avait été entraînée que sur des scènes comptant en moyenne 17 objets.
Bien plus que de jolies images
Au-delà de la simple création d’images, le système comprend également la logique physique.
Il veille par exemple à ce qu’une fourchette ne traverse pas un bol en flottant dans les airs et à ce qu’une tasse repose fermement sur une table. Les utilisateurs peuvent saisir des commandes comme « une cuisine avec quatre pommes et un bol sur la table », et l’outil donne vie à cette scène avec une précision impressionnante — 98 % pour les scènes de garde-manger et 86 % pour les tables de petit-déjeuner en désordre, selon les chercheurs.
Pour Pfaff, la véritable avancée réside dans la flexibilité de l’outil.
« L’une des conclusions importantes de nos travaux est qu’il n’est pas nécessaire que les scènes sur lesquelles nous avons effectué le préentraînement ressemblent exactement à celles que nous voulons réellement obtenir, a-t-il expliqué. Grâce à nos méthodes de pilotage, nous pouvons dépasser cette vaste distribution et échantillonner à partir d’une distribution “meilleure”. »
Les experts du secteur y voient un fort potentiel
Des experts qui n’ont pas participé au projet ont salué cette approche.
Jeremy Binagia, spécialiste des sciences appliquées chez Amazon Robotics, a déclaré à MIT News que la « génération de scènes pilotable » offrait « une meilleure approche » des simulations réalistes, car elle garantit l’exactitude physique et la compréhension de la 3D, deux aspects qui faisaient défaut à la plupart des modèles précédents.
Rick Cory, roboticien au Toyota Research Institute, a ajouté que ce cadre pouvait créer des scènes « jamais vues auparavant », importantes pour entraîner des robots capables de s’adapter à de nouvelles situations.
Bien que le projet n’en soit encore qu’au stade de la preuve de concept, l’équipe du MIT espère aller plus loin. Elle prévoit d’utiliser l’IA générative pour inventer entièrement de nouveaux objets et créer des environnements plus dynamiques, avec des éléments mobiles comme des placards, des bocaux et des tiroirs.
À terme, elle souhaite combiner sa technologie avec des données d’images à l’échelle d’Internet afin de construire une plateforme mondiale d’entraînement des robots, qui reproduirait la diversité de la vie réelle.
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