Vous utilisez probablement ChatGPT pour certaines tâches, Google pour d’autres et un outil de programmation distinct pour d’autres encore.
OpenAI a conçu ses produits de la même manière : ChatGPT d’un côté, Codex (sa plateforme de programmation basée sur l’IA) de l’autre, et un navigateur doté d’IA appelé Atlas ailleurs. Fin 2025, Sam Altman en avait assez vu. Il a décrété un « code red » interne et demandé à l’entreprise de mettre fin à cette dispersion.
Le résultat sera bientôt sur votre ordinateur.
Voici ce qui s’est passé
- OpenAI a confirmé qu’elle fusionne ChatGPT, Codex et son navigateur Atlas au sein d’une seule « super-app » de bureau, une information d’abord rapportée par le Wall Street Journal en mars et qui entre désormais dans sa phase de déploiement
- Le rapport du Financial Times a ajouté la dimension commerciale : la refonte orientera les utilisateurs vers des services partenaires comme Canva et Booking.com, avec des outils de programmation, des agents d’IA et des intégrations tierces directement intégrés
- Greg Brockman, cofondateur et président d’OpenAI, dirige désormais de façon permanente la stratégie produit de la plateforme unifiée ; Fidji Simo (CEO of Applications d’OpenAI) pilote l’offensive commerciale
- La note interne de Simo était sans détour : « La fragmentation nous ralentit et nous empêche d’atteindre plus facilement le niveau de qualité que nous visons »
- L’application mobile ne change pas ; il s’agit d’une refonte pensée d’abord pour les ordinateurs et destinée aux utilisateurs professionnels et aux entreprises
- OpenAI a déposé auprès de la SEC un formulaire S-1 confidentiel (le document que les entreprises soumettent avant leur entrée en Bourse) quelques jours après l’annonce de la restructuration, pour une valorisation annoncée supérieure à 300 milliards de dollars US
Pourquoi c’est important
Le «super-app » modèle, popularisé par WeChat en Chine et Grab en Asie du Sud-Est, désigne une plateforme unique qui prend tout en charge : discussion, recherche, productivité, paiements et commerce. OpenAI parie que l’équivalent dans le domaine de l’IA est possible et que ChatGPT est le bon point d’ancrage pour le construire.
Il s’agit aussi d’une attaque directe contre Anthropic. Claude Code a atteint 2,5 milliards de dollars US de revenus annualisés en février 2026 et grignote depuis plusieurs mois l’avance d’OpenAI auprès des développeurs. Fusionner ChatGPT et Codex au sein d’une seule plateforme, avec les ventes aux entreprises pilotées par Simo, constitue la réponse d’OpenAI : cesser de rivaliser produit par produit et s’approprier l’ensemble du flux de travail.
L’introduction en Bourse rend l’enjeu encore plus clair. Deux millions d’entreprises représentent déjà 40 % des revenus d’OpenAI. L’objectif est de porter cette part à 50 % avant la cotation. Une super-app qui maintient les utilisateurs professionnels au sein d’un même écosystème est le moyen d’y parvenir.
Notre analyse
La meilleure façon de comprendre ce qu’OpenAI est en train de construire consiste à regarder du côté de Google.
Réfléchissez au fonctionnement de Google. Gemini est intégré à Docs, Sheets, Slides et Meet. Firebase et AI Studio répondent aux besoins spécifiques des développeurs. NotebookLM a été intégré à l’écosystème Gemini. Tout ce que construit Google s’inscrit dans une plateforme interconnectée, et Gemini en est le fil conducteur.
C’est exactement ce qu’OpenAI tente de faire ici.
ChatGPT constitue la couche conversationnelle. Codex prend en charge le code. Atlas s’occupe de la navigation. Une entreprise, un écosystème, une même famille de modèles pour tout alimenter. La super-app est moins un lancement de produit qu’une déclaration d’intention concernant l’écosystème : nous ne voulons plus être un simple chatbot, nous construisons le Google Workspace de l’IA.
La question reste de savoir si OpenAI peut accomplir en quelques années ce qu’il a fallu deux décennies à Google pour bâtir, avant que sa fenêtre d’introduction en Bourse ne se referme et qu’Anthropic, Microsoft et Google lui-même ne verrouillent les contrats avec les entreprises qui rendent un écosystème véritablement incontournable.
Note de la rédaction : cet article a d’abord été publié dans notre publication sœur, The Neuron.

