Dimanche, nous avons posé une question simple aux lecteurs de Neuron : quel outil d’IA utilisez-vous le plus en ce moment ?
Nous pensions que ChatGPT conserverait son avance, pour des raisons évidentes. Après tout, c’est le nom que connaît toute personne non technicienne. C’est la réponse par défaut lors des dîners. Il dispose d’une mémoire, d’un historique et d’un mode vocal. C’est le Band-Aid de l’IA : la marque connue de tous. Le Google de la vague Internet de l’IA, si vous préférez (désolé, Google, le vrai).
Claude a gagné haut la main. Au moment où nous écrivons ces lignes : 3 143 votes. Claude : 1 449 (46 %), ChatGPT : 790 (25 %), Gemini : 431 (14 %), Microsoft Copilot : 180, Perplexity Comet : 74, Grok : 57. Un biais de sélection propre au public d’une newsletter consacrée à l’IA, certes, mais un public nombreux, précis et attentif.
Pourquoi Claude a remporté les réponses libres
- La qualité du code (Claude Code a été cité en permanence).
- Une écriture qui « me comprend » pour les travaux longs.
- Cowork comme véritable brique fondamentale du flux de travail.
- Et, mentionné bien plus souvent que prévu, l’éthique et l’adéquation avec la marque.
- Les lecteurs ont cité l’accord avec le Pentagone, une « animosité personnelle envers Sam Altman et Elon » et le souhait d’avoir « une entreprise qui se soucie de chercher à obtenir de bons résultats ».
- Pour une part non négligeable de l’avance de Claude, les valeurs ont autant motivé la fidélité que les fonctionnalités.
Pourquoi les 790 voix de ChatGPT sont restées acquises : le prix, la mémoire et les Projects (« il connaît mes projets »), l’habitude et des usages personnels auxquels on s’attache, comme la parentalité, la recherche d’emploi et le coaching santé. Une lectrice a attribué à ChatGPT le mérite d’avoir sauvé sa main après l’échec d’une injection de VA. Les coûts de changement sont bien réels.
Le paradoxe de Copilot : les réponses libres sur Copilot disaient toutes la même chose, avec des mots différents : « Mon entreprise me l’impose ; je préférerais utiliser Claude. » La part de marché captive est fragile. Claude-in-Office va rendre 2026 extrêmement intéressante.
Pourquoi c’est important
Dès lundi, tous les autres grands titres ont confirmé ce résultat en l’espace de quelques heures. Amazon s’est engagé à investir jusqu’à 25 milliards de dollars US supplémentaires dans Anthropic (total : 33 milliards de dollars US ; 500 000 puces Trainium2 ; le rythme de revenus a doublé pour dépasser 20 milliards de dollars US). Axios a rapporté que la NSA utilisait le modèle Mythos d’Anthropic, réservé à un usage interne malgré une interdiction du Pentagone. Et The Information a rapporté que Google DeepMind avait créé une « Strike Team », dirigée personnellement par Sergey Brin, pour rattraper Anthropic dans le domaine du code agentique.
Ces trois paris partent tous du principe exact que nos lecteurs nous ont indiqué : Claude domine le marché de la programmation pour utilisateurs chevronnés. Dans ce cas, l’argent suit la demande, et non l’inverse.
Notre analyse : le choix d’un outil devient une composante de l’identité.La défection éthique vis-à-vis d’OpenAI et d’xAI a suscité un volume important de commentaires et fait basculer une part non négligeable des votes. Lorsque les lecteurs choisissent une IA comme ils choisissent des baskets (en fonction des valeurs, et pas seulement des caractéristiques techniques), le terrain de la concurrence passe de « qui lancera le meilleur modèle ce trimestre ? » au capital narratif.
Anthropic est en tête pour l’instant. La question que nous suivrons toute l’année est de savoir si l’entreprise pourra conserver cette avance tout en restant l’option la plus chère (notamment avec l’arrivée de Kimi K2.6 en open weights, à 76 % du coût, le même jour).
Note de la rédaction : cet article a d’abord été publié dans la newsletter de notre publication sœur, The Neuron. Pour découvrir d’autres articles de The Neuron, inscrivez-vous à sa newsletter ici.

