Des scientifiques de Stanford viennent de franchir un cap spectaculaire : ils ont utilisé l’IA pour concevoir de toutes pièces des virus capables de tuer des bactéries.
Il ne s’agit pas de code théorique, mais de véritables virus fonctionnels qui se répliquent et détruisent les cellules bactériennes. Et avant que vous ne posiez la question : non, ils n’ont pas « codé au feeling » les virus.
Voici ce qu’ils ont fait
L’équipe a créé 302 modèles de virus à l’aide de l’IA, dont 16 ont réussi à infecter des bactéries E. coli en laboratoire. Un soir, les chercheurs ont observé des plaques de bactéries mortes dans leurs boîtes de Petri.
Voici comment ils s’y sont pris
- Les chercheurs ont entraîné un modèle d’IA appelé Evo sur les génomes d’environ 2 millions de bactériophages (des virus qui s’attaquent spécifiquement aux bactéries).
- Imaginez qu’on entraîne ChatGPT, mais qu’au lieu de lui fournir des articles de blog, on lui donne du code génétique. L’IA a appris les structures de l’ADN viral et proposé des séquences génétiques entièrement nouvelles.
- L’équipe a ensuite fait imprimer chimiquement 302 de ces génomes proposés par l’IA sous forme de véritables brins d’ADN, puis les a mélangés à des bactéries.
- Lorsque 16 de ces modèles ont fonctionné (en se répliquant, en faisant éclater les bactéries et en les tuant), les chercheurs ont compris qu’ils avaient accompli quelque chose d’extraordinaire.
Pourquoi c’est important aujourd’hui
- L’OMS vient de signaler qu’une infection bactérienne sur 6 dans le monde résiste désormais aux antibiotiques.
- Plus de 40 % des antibiotiques courants ont vu la résistance augmenter entre 2018 et 2023.
- Dans certaines régions, plus de 70 % des infections à E. coli résistent aux traitements de première intention.
Et ce n’est pas tout : le développement traditionnel d’antibiotiques prend des années et coûte des milliards. Les bactéries développent des résistances plus vite que nous ne pouvons mettre au point de nouveaux médicaments. Mais l’IA peut concevoir et tester des centaines de traitements viraux dans le temps qu’il fallait auparavant pour en tester un seul.
Les applications concrètes sont déjà là. Les médecins ont parfois recours à la « phagothérapie » pour traiter de graves infections bactériennes lorsque les antibiotiques échouent. Des virus conçus par l’IA pourraient rendre ces traitements plus efficaces et accélérer leur mise au point.
Une perspective plus large
Des laboratoires robotiques pilotés par l’IA sont actuellement construits spécifiquement pour accélérer ce type de recherche. Liverpool vient d’inaugurer un centre de 20 millions de livres sterling doté d’une robotique de pointe, afin de développer en toute sécurité des traitements contre les maladies infectieuses mortelles.
Les questions de sécurité restent bien sûr posées. L’équipe de Stanford a délibérément évité d’apprendre à son IA quoi que ce soit sur les virus humains. Mais la technologie existe et, comme l’a déclaré un scientifique : « Si quelqu’un faisait cela avec la variole ou l’anthrax, je serais extrêmement préoccupé. »
Pour l’instant, cette avancée représente un espoir face à une crise grandissante. La résistance aux antibiotiques tue des millions de personnes chaque année et menace d’annuler des décennies de progrès médical en rendant des infections courantes incurables ; l’IA vient donc peut-être de nous donner une nouvelle arme puissante dans ce combat.
Note de la rédaction: Ce contenu a d’abord été publié dans l’édition de la newsletter d’aujourd’hui de notre publication sœur, The Neuron. Pour découvrir d’autres articles de The Neuron, inscrivez-vous à sa newsletter ici.

