Apple a longtemps convaincu ses clients de payer plus cher pour son matériel. Son prochain défi pourrait être de les convaincre de payer pour la puissance de calcul qui sous-tend l’IA.
Lors de sa dernière conférence téléphonique sur les résultats avant de quitter son poste de PDG, Tim Cook a déclaré que l’entreprise envisageait des forfaits iCloud+ pour les clients qui utiliseraient de manière particulièrement intensive ses prochaines fonctionnalités d’IA. Apple n’a annoncé ni abonnement, ni tarif, ni seuils d’utilisation, ni date de déploiement.
Ce changement illustre à quel point Siri évolue en profondeur en coulisses. Au lieu de s’appuyer principalement sur des commandes prédéfinies traitées sur l’appareil, l’assistant devient un assistant d’IA conçu pour interpréter le contexte personnel, gérer des demandes plus naturelles et exécuter des tâches en plusieurs étapes dans différentes apps.
Le nouveau Siri réserve une surprise tarifaire aux utilisateurs intensifs
Tim Cook a déclaré Apple étudie des moyens de monétiser ses utilisateurs intensifs, reconnaissant l’augmentation du coût de fourniture des services d’IA générative.
Cook n’a pas expliqué ce qui définirait un utilisateur intensif, laissant sans réponse la question de savoir si cette distinction reposerait sur le nombre de requêtes, les ressources de calcul consommées ou l’accès à des fonctionnalités plus avancées. Il s’est également abstenu d’annoncer un tarif précis et un calendrier de déploiement, indiquant clairement qu’aucune décision définitive n’avait été prise.
Selon 9To5Mac, Cook a précisé que la facturation passerait par iCloud+. Intégrer des plafonds d’utilisation de l’IA plus élevés à son service d’abonnement existant permettrait à l’entreprise de monétiser les fonctionnalités avancées sans modifier fondamentalement la manière dont les clients accèdent aujourd’hui à Siri.
Pourquoi Apple envisage un accès payant à l’IA
Le Siri présenté par Apple en 2011 et le Siri repensé qu’Apple prépare portent le même nom, mais fonctionnent de manière très différente. Les premières versions reposaient principalement sur la reconnaissance des intentions et des actions prédéfinies, ce qui les rendait relativement peu exigeantes par rapport aux systèmes d’IA générative actuels.
Le nouvel assistant combine les modèles de fondation d’Apple, le traitement de l’IA dans le cloud et le modèle d’IA sous-jacent de Google pour exécuter des tâches plus sophistiquées. Ces tâches nécessitent nettement plus de puissance de calcul, de mémoire et d’infrastructure serveur, en particulier lorsque les demandes dépassent ce qui peut être entièrement traité sur l’appareil.
À mesure qu’Apple étend ces capacités, l’entreprise assume également les coûts opérationnels qui ont poussé ses concurrents, notamment OpenAI, Google, Anthropic et Microsoft, à proposer des offres d’IA payantes, incitant les investisseurs à s’interroger sur la rentabilité de son offensive dans l’IA.
La possibilité d’un accès payant à l’IA ajouterait une dépense potentielle aux clients d’Apple, déjà confrontés à la hausse des prix de certaines gammes de matériel de l’entreprise. Ces décisions ne sont pas nécessairement liées, mais elles pourraient, ensemble, augmenter le coût total du maintien dans l’écosystème Apple.
Siri pourrait concurrencer les abonnements autonomes à l’IA
Le fait que Siri devienne bien plus performant, au point qu’Apple envisage de faire payer son utilisation intensive, pourrait avoir une conséquence inattendue pour les autres plateformes d’IA.
ChatGPT, Claude et Google Gemini sont tous disponibles pour les utilisateurs de Mac, ce qui leur offre plusieurs moyens d’automatiser leurs flux de travail et d’autres tâches de productivité. Mais si Siri peut effectuer bon nombre de ces mêmes activités en tirant parti de son intégration native à l’écosystème Apple, les utilisateurs pourraient commencer à privilégier l’assistant intégré d’Apple aux plateformes d’IA tierces.
Cet avantage pourrait être encore plus marqué chez les utilisateurs soucieux de la confidentialité des données. Ils pourraient préférer conserver leurs interactions avec l’IA au sein de l’écosystème Apple plutôt que de transférer leurs données entre plusieurs services d’IA. La commodité, autant que les capacités de l’IA, pourrait devenir le principal argument de vente d’Apple.
La concrétisation de ce scénario dépendra en définitive de la mise en œuvre. Le Siri amélioré d’Apple n’a pas encore fait ses preuves en dehors des démonstrations. Mais si Apple parvient à proposer un Siri que la plupart des utilisateurs souhaitent adopter, l’entreprise n’aura peut-être pas besoin de concevoir le meilleur modèle d’IA : il lui suffira peut-être de devenir le premier vers lequel les utilisateurs se tournent.
À lire aussi : Apple préparerait sa plus importante offensive dans la maison connectée depuis des années, avec un Siri remanié destiné à piloter un nouveau hub domestique équipé d’un écran, ainsi que des versions actualisées du HomePod mini et de l’Apple TV.

