L’homme le plus riche du monde et l’entreprise qui a fait de ChatGPT le produit emblématique de l’essor de l’IA se retrouvent enfin devant la justice.
Le conflit judiciaire qui oppose Elon Musk à Sam Altman et OpenAI s’ouvre lundi à Oakland, avec la sélection du jury, après des années d’accusations et d’attaques publiques. Cette bataille judiciaire met la mission, l’argent et le contrôle d’OpenAI sous pression, tout en transformant l’une des ruptures entre fondateurs les plus célèbres de la Silicon Valley en mise à l’épreuve publique de la confiance.
Une affaire plus circonscrite, une bataille plus vaste
La plainte initiale de Musk couvrait un large éventail de griefs. Au moment où l’affaire est arrivée au procès, elle avait été réduite, mais ce qu’il en reste s’attaque toujours directement à la transformation d’OpenAI, passée de laboratoire de recherche à but non lucratif à géant commercial de l’IA.
Les demandes restantes portent sur la question de savoir si OpenAI et ses dirigeants ont indûment tiré profit de l’abandon du modèle à but non lucratif que Musk affirme avoir contribué à financer. Son équipe soutient que l’entreprise d’IA s’est servie de sa mission fondatrice, de ses premiers soutiens financiers et de son image d’organisation au service de l’intérêt général pour bâtir une entreprise bien plus valorisée que celle promise aux donateurs.
OpenAI a rejeté la version des faits présentée par Musk, affirmant qu’il voulait prendre le contrôle de l’entreprise, notamment en devenant son PDG, avant de se retourner contre elle après avoir perdu son influence sur son orientation. L’entreprise a qualifié l’affaire d’« infondée » et l’a décrite comme un élément du « schéma continu de harcèlement » de Musk.
Microsoft fait lui aussi toujours partie de l’affaire. Musk affirme que le géant technologique a contribué à permettre le virage contesté d’OpenAI. Microsoft nie toute faute et affirme que son partenariat avec OpenAI est intervenu après le départ de Musk du conseil d’administration.
Musk veut reprendre les commandes
Le montant des dommages et intérêts ne représente qu’une partie des demandes de Musk. Son équipe a évalué le montant potentiel de l’indemnisation à 134 milliards de dollars au maximum, en s’appuyant sur la valorisation d’OpenAI et sur le rôle qu’il revendique dans la constitution de la participation de l’organisation à but non lucratif.
Mais il ne réclame pas de versement à titre personnel ; il veut que toute somme recouvrée soit reversée à la branche à but non lucratif d’OpenAI. L’équipe de Musk a déclaré vouloir présenter au jury « toutes les preuves des actes répréhensibles des défendeurs ».
Les mesures correctives qu’il réclame concernent également la direction et la structure d’OpenAI. Musk veut que Sam Altman et Greg Brockman, président et cofondateur d’OpenAI, soient écartés de leurs fonctions. Il veut aussi que la restructuration à but lucratif qui a contribué à transformer OpenAI en l’une des entreprises les plus valorisées de la tech soit annulée ou corrigée par la justice.
La liste des témoins fait entrer les poids lourds en scène
L’affaire pourrait placer sous serment certains des plus grands noms de l’IA et de la tech. Musk, Altman, Brockman et le PDG de Microsoft, Satya Nadella figurent tous parmi les témoins potentiels.
Shivon Zilis, ancienne membre du conseil d’administration d’OpenAI et mère de quatre enfants de Musk, devrait être un témoin clé, selon Reuters. Les avocats d’OpenAI ont affirmé qu’elle transmettait à Musk des informations sur OpenAI, ajoutant une dimension personnelle et interne au procès.
La liste des témoins pourrait ramener l’affaire aux premières luttes de pouvoir d’OpenAI. D’anciens e-mails, des documents internes et des extraits du journal de Brockman pourraient alimenter le débat sur ceux qui voulaient le contrôle, ceux qui soutenaient une nouvelle structure et le moment où les dirigeants d’OpenAI ont commencé à se détourner du modèle à but non lucratif.
Un mauvais moment pour les deux camps
Le procès s’ouvre à un moment sensible pour OpenAI. L’entreprise tente de préserver la confiance dans sa direction, sa gouvernance et son modèle économique à long terme, tout en se préparant à une éventuelle introduction en bourse plus tard cette année.
Musk arrive lui aussi au tribunal avec sa propre entreprise d’IA dans la course. Il n’est pas seulement un cofondateur brouillé qui conteste l’orientation d’OpenAI ; il dirige xAI, un concurrent direct de ChatGPT.
OpenAI a qualifié la plainte d’attaque de la part d’un concurrent, et non d’une mission de sauvetage de sa vocation initiale.
La bataille judiciaire donne désormais aux deux camps quelque chose à perdre. OpenAI doit s’attendre à des semaines de témoignages sur ses promesses fondatrices, tandis que Musk devra répondre à des questions sur la nature de cette affaire : est-elle motivée par la mission ou par le contrôle… et dans quelle mesure la concurrence alimente-t-elle le conflit ?
OpenAI donne à ChatGPT davantage de marge de manœuvre avec GPT-5.5, en particulier pour les tâches qui nécessitent plusieurs étapes.

