Et si l’avenir de l’amour était en train d’être conçu en Chine, en ce moment même ?
La course pour construire le premier robot humanoïde s’est intensifiée ce mois-ci avec le lancement de Moya, un robot compagnon doté d’IA vendu environ 170 000 dollars US par DroidUp, une entreprise basée à Shanghai. Moya n’est pas présenté comme un ouvrier d’usine ou un assistant logistique, mais comme un compagnon social à l’apparence réaliste, conçu pour interagir, converser et nouer des liens affectifs avec les humains.
Grâce à un système d’IA multimodal, le robot Moya peut traiter en temps réel la parole, les expressions faciales et les indices contextuels, ce qui lui permet de tenir des conversations nuancées et prolongées. Des vidéos promotionnelles montrant ces interactions sont rapidement devenues virales en Chine, aux États-Unis et au Japon.
Le lancement de Moya a suscité à la fois fascination et inquiétude quant à ce que de telles machines pourraient signifier pour l’avenir des relations humaines.
Construisez votre propre compagnon
DroidUp présente le «robot compagnon social» comme un outil destiné à réduire la solitude et à aider dans la vie quotidienne, mais d’autres articles en donnent une image plus provocante. Une autre présentation marketing de DroidUp décrit une version hautement personnalisable de Moya comme une « petite amie robot » dotée d’IA, avec une peau en silicone, une chaleur semblable à celle du corps humain et des caractéristiques physiques modulaires.
Les propriétaires du robot pourraient, semble-t-il, personnaliser tous les détails, de la coiffure à la morphologie, tandis que la température de sa surface imite celle d’un véritable corps humain et que ses mouvements seraient similaires à ceux des humains à hauteur de 90 %.
Ce double positionnement publicitaire a amplifié le débat à l’échelle mondiale et propulsé Moya bien au-delà d’un simple lancement de produit, dans une toute nouvelle sphère de discussion culturelle.
L’éthique des machines émotionnelles
Les gens manifestent aujourd’hui de nombreux signes de solitude et nouent déjà des liens affectifs avec l’IA par l’intermédiaire d’applications et de chatbots. Moya pousse ce concept à l’étape suivante en donnant une présence physique à ces interactions.
Bien entendu, la sortie de Moya a suscité le débat. Les responsables politiques et les éthiciens s’interrogent de plus en plus sur les limites à fixer pour déterminer si une telle technologie favorise le bien-être ou encourage le repli sur soi au détriment des interactions humaines réelles, à mesure que les robots deviennent plus convaincants dans leur simulation de l’empathie et du lien social.
Les avancées de la robotique biomimétique
Si le design convaincant de Moya est possible, c’est en partie grâce aux progrès considérables de la technologie sous-jacente, qui repose sur une approche totalement différente de la construction des robots. Des recherches du Shanghai Engineering Research Center of Humanoid Robots mettent en évidence un tournant vers un design biomimétique imitant la structure et les mouvements du corps humain.
Plutôt que des articulations et des moteurs rigides, ces robots utilisent des muscles artificiels et des structures flexibles semblables à une colonne vertébrale, qui permettent des mouvements plus fluides et naturels. Il en résulte une gestuelle plus adaptable, davantage naturelle que mécanique, qui produit des mouvements semblables à ceux des humains auparavant impossibles à obtenir.
Un tournant que l’industrie ne peut ignorer
Pendant de nombreuses années, les robots humanoïdes ont été principalement conçus pour les environnements industriels, afin d’effectuer des tâches répétitives ou dangereuses. Moya laisse penser que le secteur s’engage dans une direction très différente, où les robots trouvent leur place dans les espaces personnels et la vie quotidienne.
Cette évolution pourrait ouvrir de nouvelles perspectives commerciales, les entreprises cherchant à déterminer comment les robots peuvent apporter un soutien allant au-delà du travail physique.
Cependant, elle introduit également de nouveaux risques, car les cadres réglementaires relatifs à l’IA émotionnelle n’en sont encore qu’à leurs débuts et l’acceptation par le public est loin d’être acquise. Cette idée de machines conçues pour reproduire les relations humaines ne remet pas seulement en cause des normes sociales bien établies ; elle soulève aussi des questions juridiques et psychologiques complexes.
L’avenir des relations entre humains et IA
Pour l’instant, le prix élevé de Moya le rend inaccessible au consommateur moyen. Mais son importance réside dans ce qu’il représente : la convergence d’une IA avancée, de matériaux à l’apparence réaliste et d’une ingénierie inspirée de l’humain, qui fait entrer la robotique fondée sur l’IA dans une sphère beaucoup plus personnelle.
La question de savoir si Moya deviendra une réussite emblématique ou un cas d’école à ne pas suivre dépendra de la réaction des consommateurs et de la manière dont la société choisira de réglementer et d’intégrer ces technologies. Une chose est déjà certaine : Moya a suscité un débat mondial sur la place des machines dans notre vie affective.
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