Vous connaissez cette sensation : vous terminez en 10 minutes, grâce à l’IA, une tâche qui vous prenait auparavant une heure… puis vous vous lancez immédiatement dans trois nouvelles tâches parce que, maintenant, vous « avez le temps » ?
Eh bien, ce n’est pas un gain de productivité. C’est un piège.
De nouvelles recherches de Harvard Business Review ont étudié l’évolution des habitudes de travail dans une entreprise technologique d’environ 200 personnes sur une période de huit mois. Leur conclusion ? Les outils d’IA n’ont pas réduit la charge de travail. Ils l’ont systématiquement intensifiée.
Voici ce qui s’est passé
- Les employés ont pris en charge des tâches qui ne leur incombaient pas. Les chefs de produit se sont mis à écrire du code. Les chercheurs ont tenté d’accomplir des tâches d’ingénierie. L’IA donnait l’impression que tout était à portée de main, alors les employés se sont simplement… mis à en faire davantage.
- Les pauses ont disparu. Les employés ont commencé à solliciter l’IA pendant leur déjeuner, entre deux réunions, voire juste avant de quitter leur bureau (« envoyons encore une dernière requête pour qu’elle puisse travailler pendant mon absence »). Le travail est devenu, comme l’ont formulé les chercheurs, « ambiant » : toujours présent, toujours possible, toujours tentant.
- Le multitâche a explosé. Les employés faisaient fonctionner plusieurs agents d’IA en parallèle, reprenaient d’anciennes tâches qu’ils repoussaient depuis longtemps et jonglaient avec plus de sujets que jamais. Ils avaient le sentiment d’être productifs. Ils se sentaient aussi plus débordés qu’avant l’IA.
Un ingénieur a parfaitement résumé la situation :
« Vous pensiez que, puisque l’IA vous permettait d’être plus productif, vous gagneriez du temps et travailleriez moins. Mais vous ne travaillez pas moins. Vous travaillez autant, voire davantage. »
Pour être honnêtes, cette situation nous a particulièrement parlé. L’IA ne donne pas l’impression de travailler. Elle ressemble plutôt à un jeu. Vous n’« écrivez pas un rapport », vous « discutez avec Claude ». Vous ne « faites pas des recherches », vous « explorez une idée ». Cette friction qui vous obligeait auparavant à faire une pause — attendre un collègue, fixer une page blanche, ne pas savoir par où commencer — a disparu.
Et sans cette friction… vous ne vous arrêtez tout simplement jamais.
Alors, quelle est la solution ?
Pas « mieux délimiter ses frontières ». C’est le genre de conseil qu’on trouvait dans les e-mails et que nous ignorions déjà il y a 15 ans.
La meilleure réponse est l’ingénierie cumulative, un concept de Kieran Klaassen at Every. L’idée centrale : au lieu d’utiliser l’IA pour faire davantage de travail, utilisez-la pour construire des systèmes où chaque tâche facilite la suivante. Votre base de code — ou votre flux de travail — se simplifie avec le temps au lieu de se complexifier.
Voici les grands principes à retenir, même si vous n’êtes pas ingénieur:
- Consacrez 80 % de votre temps à la planification et 20 % à la réalisation. La plupart des gens font l’inverse. Mais avec l’IA, « les plans sont le nouveau code » : si le plan est bon, le résultat le sera aussi. Réfléchissez et planifiez minutieusement, puis laissez l’IA exécuter.
- La règle des 50/50. Consacrez la moitié de votre temps à la tâche elle-même et l’autre moitié à l’amélioration du système (modèles, prompts, structures réutilisables). C’est la partie cumulative : vous investissez pour accélérer le travail de demain.
- Construisez des filets de sécurité, pas des points de contrôle. Au lieu de vérifier chaque ligne produite par l’IA, mettez en place une surveillance et des tests capables de détecter automatiquement les problèmes. Faites confiance au processus, puis vérifiez au niveau de la pull request (pour les non-développeurs, il s’agirait du résultat final avant de « publier » le travail).
- Abandonnez l’idée que « le code est une forme d’expression personnelle ». Cela vaut au-delà du code. Si votre identité est liée au fait d’exécuter le travail plutôt que de le diriger, vous résisterez à ce changement. La nouvelle compétence, c’est le discernement, pas la saisie.
Quant aux chercheurs de HBR, ils recommandent des « pauses intentionnelles » et un « séquençage ». Très bien. Mais l’ingénierie cumulative va plus loin : elle transforme le tapis roulant de l’IA en roue motrice. Au lieu de faire davantage de choses à la même vitesse, vous faites les mêmes choses plus rapidement à chaque fois, ce qui libère réellement du temps.
Regardez l’analyse complète ici (13 min). Même si vous n’êtes pas développeur, cette philosophie s’applique à n’importe quel flux de travail assisté par l’IA.
Note de la rédaction : ce contenu a d’abord été publié dans la newsletter de notre publication sœur, The Neuron. Pour lire davantage de contenus de The Neuron, inscrivez-vous à sa newsletter ici.

