Prévisions cloud 2023 : la question de l’innovation

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Bernard Golden
Bernard Golden
Dec 24, 2022
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Les courtes journées de décembre et la promesse de la nouvelle année offrent inévitablement un moment propice à la réflexion et aux attentes pour l’avenir. Depuis longtemps, je publie chaque année un article sur les prévisions concernant le cloud et je suis heureux de partager les enseignements que j’ai tirés de 2022, ainsi que ce que je m’attends à voir en 2023.

Voici les points auxquels je pense que vous devriez prêter attention à l’avenir, du point de vue du cloud.

Les fournisseurs cloud n’innovent plus, et c’est une bonne chose

Chez les analystes et les commentateurs, il semble se dégager le sentiment que le cloud computing s’est enlisé dans une routine. Ils semblent penser que, oui, le cloud est une tendance puissante, que de nombreuses entreprises migrent leurs applications vers le cloud et qu’AMG (Amazon, Microsoft et Google) sont, eh bien, de très grandes entreprises, mais… que tout cela est devenu plutôt ennuyeux.

La récente conférence AWS Reinvent en est un bon exemple. Mon fil Twitter regorgeait de réactions aux présentations principales, que l’on pourrait résumer ainsi : « bof — tout cela se résume à des améliorations progressives de ce qui existe déjà ». On ressentait nettement une certaine nostalgie des anciennes éditions de Reinvent, lors desquelles AWS annonçait des innovations inattendues comme les fonctions serverless Lambda ou un service de station-relais satellite.

Cette réaction à Reinvent était assez représentative de celle de mon ami de longue date Brian Gracely, dans son podcast CloudCast, où il expliquait avoir trouvé Reinvent peu enthousiasmante. Si j’ai bien compris la discussion, son idée est que les fondations du cloud computing sont désormais en place et qu’il est peu probable de voir émerger de véritables innovations à l’avenir. Encore une fois, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas beaucoup d’activité en matière d’améliorations progressives et d’extensions de produits, mais plutôt que les jours passionnants du cloud sont derrière nous. Le cabinet d’analystes Forrester a repris ce point de vue dans un article de blog décrivant les extensions des services de base annoncées par AWS lors du salon.

Je ne suis pas en désaccord avec cette perspective. Il n’y avait rien de révolutionnaire au lancement de Reinvent. J’interprète toutefois différemment cette période moins riche en innovations.

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Je pense que c’est une bonne nouvelle qu’AMG ne lance plus de fantastiques nouveaux services à tout-va. Car cela signifie, comme Brian l’a souligné, que les capacités fondamentales du cloud computing sont désormais en place et stables. Ce qui est à son tour une excellente nouvelle pour les utilisateurs.

Pourquoi ? Parce que lorsque l’infrastructure destinée à accueillir les applications évolue rapidement, il est difficile d’établir des plans fiables — après tout, on peut concevoir aujourd’hui l’architecture d’une application et découvrir six mois plus tard qu’elle est obsolète et doit être remaniée. Ce n’est pas agréable et, surtout, cela favorise une attitude attentiste.

Pourquoi ne pas simplement s’accommoder de la situation jusqu’à avoir davantage la certitude que l’architecture sera durable et que l’application pourra être déployée avec une longue durée de vie en perspective ?

Maintenant que les fondamentaux du cloud computing sont en place, les utilisateurs peuvent avoir davantage confiance dans la stabilité de leur environnement cloud, et c’est une bonne chose.

Les centres de données se vident tandis que les utilisateurs gravissent la courbe en S

La courbe en S est une théorie bien établie de l’adoption des technologies. En substance, une nouvelle offre connaît d’abord une croissance lente, le temps que le marché la découvre et évalue la meilleure manière de l’adopter. Le marché finit par atteindre une masse critique de connaissances, puis la courbe de croissance s’envole tandis que de plus en plus d’utilisateurs l’adoptent. Enfin, une fois que la plupart des personnes susceptibles de tirer parti de la nouvelle offre l’ont adoptée, la courbe de croissance s’aplatit de nouveau. Chacun de ces changements de pente de la courbe est appelé un point d’inflexion — le point auquel les perspectives de croissance évoluent de manière significative.

Même si AMG a connu une croissance rapide au cours de la dernière décennie, j’estime que le secteur entre tout juste dans la phase de forte croissance de la courbe, ou n’en est qu’à ses débuts. Je dis cela malgré le fait d’avoir récemment analysé leurs impressionnants résultats financiers trimestriels, qui témoignent d’une croissance actuelle soutenue.

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Je maintiens que la croissance d’AMG va s’accélérer, car j’ai le sentiment que de nombreuses entreprises — de grandes entreprises — revoient leur stratégie initiale, qui consistait à migrer une partie de leur portefeuille d’applications vers le cloud tout en en conservant une grande proportion sur site. J’entends désormais davantage parler d’entreprises qui décident de vider purement et simplement leurs centres de données pour tout exploiter dans le cloud.

Je pense que ces entreprises en sont arrivées à la conclusion que posséder leurs propres centres de données constituait un mauvais usage de leurs capitaux — les centres de données ne sont pas une capacité différenciante, et leur acquisition mobilise des capitaux coûteux, ce qui dégrade les résultats financiers et réduit les possibilités futures. Après tout, un dollar dépensé dans un centre de données est un dollar qui ne peut pas être consacré à la rationalisation d’une chaîne d’approvisionnement, à l’amélioration de la productivité industrielle ou au lancement sur de nouveaux marchés.

La conséquence de cette tendance sera que les centres de données se videront, au bénéfice d’AMG.

Conteneurs et cloud natif : le nouvel accessoire indispensable

À l’origine, le cloud computing proposait des ressources informatiques basées sur des machines virtuelles, plus faciles à provisionner — d’où l’appellation « infrastructure as a service » (ou IaaS). Cela a fluidifié une partie léthargique de la chaîne de valeur des applications, tout en laissant les autres éléments de cette chaîne intacts. Les utilisateurs ont immédiatement bénéficié de ces pratiques informatiques sans devoir bouleverser leurs processus et outils existants.

Nous sommes désormais très loin de cette époque. Les bonnes pratiques émergentes en matière de développement d’applications s’articulent autour des conteneurs, qui nécessitent moins de ressources de calcul pour fonctionner, sont instanciés beaucoup plus rapidement et sont plus portables que les environnements de calcul fondés sur des machines virtuelles.

C’est une excellente chose. Toutefois, le passage aux conteneurs impose une transformation radicale des processus du cycle de vie des applications et des outils utilisés pour faire passer le code du développement à la production. J’ai écrit sur ce changement l’an dernier dans un article intitulé Why Cloud Means Cloud-Native.

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Dans cet article, j’écrivais :

« Au fil du temps, la communauté cloud native a développé un ensemble de bonnes pratiques pour la gestion du cycle de vie, allant de l’utilisation d’une plateforme sophistiquée de gestion du code jusqu’à la supervision et à la gestion automatisées des composants applicatifs, afin d’assurer évolutivité et résilience. Chaque processus et chaque étape ont été rationalisés pour permettre une exécution rapide et automatisée, ainsi qu’une mise en production sans intervention dès que les doigts du développeur quittent le clavier. »

Si les équipes informatiques aspirent à rivaliser avec la communauté cloud native, elles devront transformer complètement leurs pratiques actuelles de gestion du cycle de vie des applications. Je vois de nombreuses organisations se débattre avec cette transformation, cherchant à améliorer progressivement certains éléments du cycle de vie au lieu de reconnaître la nécessité d’une transformation globale.

En définitive, le cloud computing est allé bien au-delà de l’IaaS et, si une organisation veut atteindre le niveau des meilleurs, elle devra fournir un effort organisationnel ciblé.

Les fournisseurs cloud innovent bel et bien, et c’est une bonne chose

Attendez, quoi ? Bernard, vous venez de nous dire que les fournisseurs cloud n’innovent plus et que c’est une bonne chose ? Maintenant, vous dites qu’ils innovent ? Et c’est une bonne chose ?

Que se passe-t-il donc ?

Il est vrai que les fournisseurs cloud ont, dans l’ensemble, développé leurs services de base et se sont installés dans une amélioration progressive et continue de ces services.

Néanmoins, les fournisseurs cloud sont le théâtre de nombreuses innovations. C’est simplement que ces innovations s’appuient sur les fondations du cloud computing et se développent autour d’elles.

Permettez-moi de vous donner deux exemples.

Lors de Reinvent, AWS a annoncé un nouveau service « omics » destiné à l’analyse génétique. Omics est une plateforme préintégrée qui permet aux entreprises des sciences de la vie d’importer d’énormes volumes de données. Omics les met automatiquement en forme selon des schémas utiles, exécute des analyses sur une infrastructure gérée et stocke les informations importantes sur les variants pertinentes pour l’analyse des maladies et le développement de nouveaux traitements.

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Omics permet même un partage sécurisé afin de favoriser la collaboration entre des participants et des organisations distincts, ce qui est essentiel à une époque où les traitements innovants nécessitent une collaboration entre plusieurs domaines. Ce nouveau service évite aux utilisateurs la lourde tâche de gérer une grande quantité de configurations, de paramétrages et de logiciels complexes, et leur permet de se consacrer à l’amélioration de nos vies.

Cela témoigne d’une compréhension fine des exigences de tout un secteur et de la création d’une solution largement applicable à de nombreux acteurs.

Une plateforme d’innovation plus ciblée a été annoncée dans le cadre d’un communiqué de Microsoft et de la London Stock Exchange. La Bourse de Londres prend un engagement à très long terme et d’un montant considérable envers Azure, et les deux organisations collaboreront à la création de nouvelles solutions pour le secteur des services financiers, fondées sur un ensemble d’outils Microsoft tels que PowerBI, Excel et Azure Machine Learning.

L’indice montrant qu’il s’agit de quelque chose de plus important, annonciateur d’une véritable innovation, se trouve dans une phrase discrète, enfouie au milieu de l’article de blog : Microsoft a acquis 4 % de LSEG et nommé son responsable d’Azure au conseil d’administration. Cela implique une collaboration bien plus étroite et témoigne d’un engagement en faveur du développement conjoint d’outils spécialisés conçus pour conférer à LSEG un avantage concurrentiel distinctif.

Il faut considérer cette innovation comme une étape d’une progression inévitable, les fournisseurs collaborant avec leurs clients pour innover à la frontière de ce qui est possible grâce aux fondations formées par les innovations antérieures en matière d’infrastructures de base, désormais assimilées. Nous pouvons nous attendre à voir beaucoup plus d’innovations de ce type à l’avenir.

Autrement dit, vous pensez que les fournisseurs cloud ont déjà fourni beaucoup d’innovations ? Vous n’avez encore rien vu.

La guerre des talents devient une guerre des parts de marché

La concurrence pour attirer les talents du cloud est un sujet récurrent dans le secteur, de nombreux observateurs déplorant la pénurie de personnel qualifié capable de concevoir, oui, des systèmes cloud natifs.

On peut mesurer l’importance de ces talents à la lumière d’un article qu’Amazon — la division de commerce électronique, et non la division cloud AWS — vient de publier. Les auteurs de l’article décrivent comment ils ont appliqué l’apprentissage par renforcement profond à la gestion des stocks.

Le résultat ? Ils ont amélioré la gestion des stocks de 12 % sans réduire la disponibilité des produits. Dans le commerce de détail, où les marges se comptent en centimes, réduire d’autant les besoins en fonds de roulement liés aux stocks constitue une amélioration considérable.

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Si vous êtes un concurrent de la division de commerce électronique d’Amazon, vous devez maintenant déterminer comment vous pouvez réagir. De toute évidence, vous devez disposer d’énormes capacités de calcul, nécessaires à un apprentissage automatique efficace, ce qui implique un cloud computing hyperscale. Vous avez besoin de personnel technique pour construire le pipeline d’apprentissage automatique et gérer les données. Et, bien sûr, il vous faut des spécialistes de l’apprentissage automatique capables de concevoir et de tester des modèles de ML pour optimiser les résultats.

Le minimum requis est donc de disposer des talents capables de mettre en œuvre la pile technologique et les opérations nécessaires pour atteindre le nouveau standard de gestion des stocks. (Si vous souhaitez affecter les cerveaux de votre entreprise à la mise en œuvre des systèmes d’Amazon, voici un lien vers l’article).

Mais le personnel technique ne suffit pas. Vous devez également intégrer en amont les résultats de la gestion des stocks à vos processus de commande, et en aval à vos entrepôts physiques. Plus en amont encore, vous devez disposer de responsables métier chargés de superviser le système dans son ensemble afin de déterminer la composition de l’offre et les mécanismes promotionnels.

Autrement dit, les talents techniques sont nécessaires, mais pas suffisants pour livrer la guerre des parts de marché que peut déclencher un système fondé sur la technologie et des processus métier intégrés.

Cela semble difficile, non ? Eh bien, AWS, Dieu le bénisse, a décidé d’aider. Lors de Reinvent, l’entreprise a annoncé une préversion de AWS Supply Chain, qui semble mettre en œuvre un système de gestion des stocks fondé sur le ML.

Bien sûr, en tirer pleinement parti nécessitera de traiter l’ensemble de la chaîne de valeur du commerce comme un système intégré, et aucun service cloud ne peut fournir cela. C’est un problème de gestion d’entreprise. Les entreprises qui réussiront à l’avenir devront appliquer des pratiques de gestion de la chaîne de valeur de bout en bout pour gagner la guerre des parts de marché. Mais le socle en est constitué par les bons talents techniques, capables de fournir des fonctionnalités cloud natives.

Voilà pour mes prévisions pour 2023. En résumé : les premières fondations du cloud computing sont en place et une croissance explosive de l’infrastructure cloud se profile directement à l’horizon. Juste après se trouvent un ensemble de services cloud et de processus métier innovants qui s’appuient sur ces fondations pour produire des résultats économiques transformationnels.

Bernard Golden

Named by Wired.com as one of the ten most influential people in cloud computing, Bernard Golden serves as a VMware Executive Technical Advisor, where he works with senior IT executives to accelerate their digital transformation initiatives. A long-time software executive, he is also the author of five books, including AWS for Dummies.

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