Des robots sillonnent désormais les lignes de front ukrainiennes, prenant en charge des missions si dangereuses que même des soldats aguerris refusent de les tenter.
Alors que la guerre avec la Russie s’éternise et entre dans sa cinquième année, l’Ukraine se tourne vers des systèmes robotiques moins coûteux pour réduire les pertes et maintenir son rythme opérationnel. Introduits en 2024, ces robots deviennent de plus en plus un élément essentiel de la stratégie de Kyiv pour s’adapter plus vite que son adversaire.
Qu’il s’agisse de livrer des approvisionnements, d’assurer la surveillance ou même d’ouvrir le feu sur des troupes adverses, les robots armés ukrainiens montrent peu à peu que les guerres de demain pourraient faire intervenir moins d’humains et davantage de robots programmés pour le combat.
La créativité au cœur de la guerre
Les périodes de guerre ont donné naissance à certaines des technologies les plus avancées au monde et favorisé leur développement. Des systèmes de détection radar aux drones, en passant par les méthodes de conservation des aliments, les exigences du temps de guerre ont entraîné certaines avancées de la civilisation humaine. Et la guerre entre l’Ukraine et la Russie en fait progresser une autre.
Ce qui avait commencé comme une guerre pleine d’incertitudes, compte tenu de la taille et du budget militaires du Kremlin, s’est désormais transformé en une bataille pour la supériorité technologique.
Selon The Guardian, les drones de guerre développés par l’Ukraine sont d’une précision si remarquable qu’ils sont désormais très recherchés par de nombreux pays du Golfe. The Guardian rapporte que ces drones « peuvent abattre des drones kamikazes Shahed à longue portée, utilisés par Téhéran dans ses attaques contre ses voisins et par Moscou ».
En déployant des robots sans équipage, l’Ukraine ne se contente pas d’épargner des vies humaines ; elle réduit aussi ses coûts grâce à des robots et des drones fabriqués à partir de matériaux bon marché, mais dotés de capacités létales.
Un éventail de machines de guerre
Plusieurs types de ces robots sont utilisés dans la guerre. Certains servent de drones pour livrer des approvisionnements, tandis que d’autres dominent les airs en larguant des bombes à guidage de précision. Une autre catégorie intercepte les missiles ou est équipée de mitrailleuses pour le combat.
The Guardian note également que les robots terrestres, aussi appelés véhicules terrestres sans équipage (UGV), assurent désormais 90 % de la logistique de l’armée ukrainienne. Le journal rapporte aussi qu’en janvier, l’armée du pays a recensé 7 000 opérations d’UGV.
Victor Pavlov, lieutenant du 3e corps d’armée ukrainien, a expliqué pourquoi les UGV sont utilisés pour la logistique : « Il est très difficile de se déplacer à cause des drones ennemis à pilotage en immersion. Nous utilisons donc des systèmes robotiques. »

Capture d’écran de The Guardian. Image de Tencore
Parmi les succès notables de ces robots figure un DevDroid TW 12.7, qui aurait défendu les positions des troupes ukrainiennes pendant 45 jours. Un autre robot a parcouru 20 km jusqu’à un bâtiment utilisé par les troupes russes et l’a fait exploser avec les 200 kg d’explosifs qu’il avait transportés jusque-là.
Comme ces robots ne s’arrêtent pas lorsqu’ils essuient des tirs, ils ont été utilisés pour mener des opérations de sauvetage risquées et même pour effectuer des travaux de construction, comme poser des barbelés et des mines.
L’avantage de la taille et du coût
Selon Pavlov, 25 % de ces robots sont perdus au profit des Russes, mais comparé au travail qu’ils accomplissent pour sauver les troupes ukrainiennes, c’est un faible prix à payer. Outre le coût des matériaux, qui permet à l’Ukraine de produire davantage de drones en série, la taille de ces machines lui confère également un avantage.
Contrairement aux véhicules blindés, ces machines de guerre sont plus petites, ce qui les rend difficiles à repérer pour les drones ennemis. Par ailleurs, une autonomie de huit heures dépasse largement ce qu’un soldat humain moyen peut fournir de manière réaliste et constante, ce qui leur confère un avantage supplémentaire.
Les limites d’une machine aussi létale
Selon un article de la BBC, ces machines ont effectivement certaines limites, mais nombre d’entre elles sont imposées par des directives éthiques et humanitaires.
Un commandant adjoint a déclaré à la BBC que de nombreuses machines sans équipage sont contrôlées à distance par des soldats humains, qui prennent la décision finale. Se présentant sous l’indicatif Afghan, le commandant adjoint a expliqué que « les UGV modernes sont partiellement autonomes. Ils peuvent se déplacer seuls, observer et détecter l’ennemi. Mais la décision d’ouvrir le feu revient toujours à un humain, leur opérateur. »
Soulignant pourquoi les humains restent dans la boucle, Afghan a également déclaré : « Les robots peuvent identifier la mauvaise personne ou attaquer un civil. C’est pourquoi la décision finale doit être prise par un opérateur. »
Une nouvelle forme de guerre
La Russie ne faiblit pas. The Guardian note que les troupes du pays disposent de leurs propres machines de guerre, notamment Courier, un véhicule électrique capable de transporter 250 kg de charge et de mener des opérations de guerre électronique.
Outre Courier, la BBC rapporte également que la Russie développe Kuryer, un UGV pouvant être équipé d’un lance-flammes et d’une mitrailleuse et fonctionner pendant cinq heures. L’un de ses premiers UGV, le Lyagushka kamikaze, a été utilisé contre les troupes ukrainiennes.
L’utilisation de machines robotiques dans cette guerre illustre l’une des nombreuses directions que peut prendre la robotique. Déjà, les États-Unis redoublent d’efforts pour utiliser l’IA dans la guerre, ce qui laisse penser que l’avenir de la guerre sera dominé par l’automatisation.
Une grande inquiétude demeure toutefois : la sécurité et la fiabilité de ces machines. Et si des pays comme l’Ukraine tiennent déjà compte des considérations éthiques dans l’utilisation de ces machines de guerre, le recours aux machines sans équipage continue de progresser rapidement et des abus pourraient encore se produire, à moins d’être encadrés par le droit international.
À lire aussi : Les chiens-robots, les drones et le métro alimenté par l’IA de la Chine montrent comment la robotique s’étend au-delà des champs de bataille, jusque dans les infrastructures civiles et les transports publics.

