Le directeur scientifique de l’IA de Meta va partir et lancer une start-up

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eWEEK Staff
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Nov 12, 2025
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Le principal scientifique spécialisé dans l’IA de Meta, Yann LeCun, s’apprêterait à quitter l’entreprise pour lancer sa propre start-up.

Il pourrait s’agir du départ le plus important à ce jour de l’ambitieuse campagne de Mark Zuckerberg visant à créer une « superintelligence » au sein du géant des réseaux sociaux.

LeCun, 65 ans, informaticien franco-américain et l’un des chercheurs en IA les plus influents au monde, a informé ses collègues qu’il prévoyait de partir dans les prochains mois, selon un article du Financial Times. Le lauréat du prix Turing, souvent décrit comme un « parrain de l’apprentissage profond », serait en pourparlers préliminaires pour lever des fonds pour sa nouvelle entreprise.

Son départ souligne les tensions croissantes au sein de Meta concernant l’avenir du développement de l’IA, alors que Zuckerberg s’oriente résolument vers la commercialisation rapide des outils d’IA, tout en reléguant au second plan la recherche exploratoire sans finalité prédéfinie que LeCun défendait depuis plus d’une décennie.

La fin d’une époque

LeCun dirige le laboratoire de recherche fondamentale en IA de Meta (FAIR) depuis sa création en 2013. FAIR est devenu l’une des unités de recherche de type universitaire les plus respectées au monde, produisant des travaux révolutionnaires sur les réseaux neuronaux, la vision par ordinateur et la théorie de l’apprentissage automatique.

Cependant, l’orientation stratégique de Meta a radicalement changé ces dernières années. Face à la concurrence croissante d’OpenAI, de Google et d’Anthropic, Zuckerberg a demandé à ses équipes de donner la priorité au déploiement de produits d’IA prêts à être commercialisés plutôt qu’à la poursuite, plus lente, d’avancées scientifiques. Ce virage traduit la conviction que Meta doit rapidement s’imposer comme un leader de l’IA générative, sous peine d’être distancé dans la croissance fulgurante du secteur.

Les recherches de LeCun au sein de FAIR portent sur ce qu’il appelle les « modèles du monde » — des systèmes d’IA capables de comprendre le monde physique en apprenant à partir de données spatiales et vidéo plutôt qu’en s’appuyant uniquement sur du texte. Il a affirmé à plusieurs reprises que ces systèmes, qui ne devraient pas voir le jour avant plusieurs années, sont essentiels au développement de machines capables de véritablement raisonner comme les humains. LeCun a averti que les grands modèles de langage, ou LLM, qui sous-tendent des chatbots populaires comme ChatGPT, sont « utiles », mais fondamentalement limités dans leur capacité à planifier et à penser de manière abstraite.

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La course de Zuckerberg à la « superintelligence »

La nouvelle orientation de Zuckerberg s’incarne dans la création de la division « superintelligence » de Meta — une initiative à haut risque conçue pour accélérer la capacité de l’entreprise à produire des systèmes d’IA capables de rivaliser avec l’intelligence humaine, voire de la surpasser, dans certaines tâches.

Au cours de l’été, Meta a dépensé plus de 14 milliards de dollars pour acquérir une participation de 49 % dans Scale AI et recruter son fondateur, Alexandr Wang, afin de diriger l’équipe chargée de la superintelligence. Cette opération constituait à la fois un pari audacieux et un signal de la volonté de Zuckerberg de dépenser massivement pour rattraper ses concurrents. LeCun, qui rendait autrefois compte directement à Chris Cox, le directeur produit de Meta, dépend désormais de Wang, un entrepreneur de 28 ans connu pour son empire de l’annotation de données.

Zuckerberg a également débauché des ingénieurs et des scientifiques de Google, d’OpenAI et d’Anthropic en leur proposant des rémunérations dépassant 100 millions de dollars. En juillet, Meta a recruté Shengjia Zhao, l’un des cocréateurs de ChatGPT d’OpenAI, comme directeur scientifique de la nouvelle division. Cette vague de recrutements a alimenté les tensions internes, certains chercheurs chevronnés de Meta étant exaspérés par l’envolée des écarts de rémunération et par une culture de plus en plus axée sur la rapidité au détriment de la rigueur scientifique.

Pression des investisseurs et turbulences du marché

Le départ prévu de LeCun intervient alors que l’inquiétude des investisseurs face aux dépenses de Meta dans l’IA ne cesse de croître. L’action a chuté de 1,2 % après les informations sur son départ et recule de plus de 12 % depuis la fin octobre, lorsque Zuckerberg a averti que les investissements dans l’IA pourraient dépasser 100 milliards de dollars l’année prochaine. Cette annonce a fait fondre la capitalisation boursière de Meta d’environ 240 milliards de dollars en une seule semaine.

Les analystes estiment que cette vague de ventes reflète le scepticisme croissant quant à la capacité des investissements de plusieurs milliards de dollars des géants de la technologie dans l’IA à générer des bénéfices à court terme. Wall Street commence à se demander si l’engouement pour l’IA générative — qui a dopé les valorisations dans tout le secteur — peut se traduire par des modèles économiques durables. Pour Meta, dont les revenus tirés de la publicité restent sous pression, les enjeux sont particulièrement élevés.

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Zuckerberg a promis que les systèmes d’IA de Meta automatiseraient bientôt une grande partie du travail de programmation et de conception de produits de l’entreprise. Mais pour de nombreux investisseurs et chercheurs, ces projections semblent optimistes au vu des résultats inégaux de l’entreprise — notamment les performances décevantes de son modèle Llama 4 et l’accueil mitigé réservé à son chatbot Meta AI.

Si la start-up de LeCun parvient à faire progresser sa vision à long terme, elle pourrait incarner un nouveau paradigme de l’IA — un paradigme qui privilégie la perception et le raisonnement fondé sur le bon sens plutôt que la prédiction statistique. Une telle approche pourrait à terme combler le fossé entre les chatbots actuels et le type d’intelligence générale que les pionniers de l’IA imaginent depuis longtemps.

Remous dans la division consacrée à l’IA

Le départ de LeCun couronne une année mouvementée de renouvellements et de restructurations chez Meta. En mai, Joelle Pineau, vice-présidente de la recherche en IA, est partie rejoindre la start-up canadienne Cohere. Le mois dernier, l’entreprise a licencié environ 600 employés de sa division consacrée à l’IA afin de réduire ses coûts et d’accélérer la livraison de ses produits.

Malgré ces difficultés, Zuckerberg reste fermement convaincu que l’IA redéfinira l’avenir de Meta. Selon lui, la « superintelligence » sera au cœur de tout, des assistants numériques aux outils avancés pour les créateurs. Mais la perte de LeCun — l’un des penseurs fondateurs du domaine — soulève la question de savoir si la quête de déploiement rapide de Meta se fera au détriment de l’innovation elle-même.

Elon Musk, qui aime donner son avis presque 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, a averti de l’arrivée d’un «tsunami supersonique » de l’IA qui pourrait bientôt faire disparaître les emplois de bureau.

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