Alors que la complexité informatique ne cesse de croître, les entreprises évoluent dans un environnement de cybersécurité toujours plus difficile. Selon un nouveau rapport publié par ThreatLabz, le pôle de recherche en sécurité de Zscaler, les attaques par rançongiciel ont augmenté de près de 18 % au cours de l’année écoulée. Cette recrudescence a fortement perturbé les activités des entreprises, entraînant des interruptions prolongées, des pertes de données et des opérations de récupération coûteuses. Voici ce qu’il faut savoir pour protéger et sécuriser votre entreprise.
Hausse des attaques et des paiements
Le Rapport 2024 sur les rançongiciels repose sur des données recueillies auprès de la plateforme de sécurité cloud de Zscaler, Zero Trust Exchange (ZTE), qui traite plus de 500 000 milliards de signaux par jour. Les données et l’analyse par ThreatLabz d’échantillons de rançongiciels s’appuient sur la rétro-ingénierie et l’automatisation des logiciels malveillants afin de fournir une vision complète des tendances en matière de rançongiciels.
Brett Stone-Gross, directeur du renseignement sur les menaces chez Zscaler, a déclaré que les rançongiciels constituaient l’une des menaces les plus importantes auxquelles les entreprises sont confrontées dans l’actuel environnement de cybersécurité. « Nous constatons une hausse des demandes de rançon, une hausse des attaques, ainsi qu’une augmentation du nombre de paiements réellement effectués », a-t-il déclaré à ZK Research lors d’un entretien récent.
L’une des principales conclusions du rapport est l’attention croissante portée aux cibles de grande valeur par des groupes comme Dark Angels. Le groupe s’est montré efficace en ciblant quelques entreprises pesant plusieurs milliards de dollars et en leur extorquant d’importantes rançons, tout en évitant l’attention des forces de l’ordre. Il a ainsi obtenu le paiement record d’une rançon de 75 millions de dollars américains auprès d’une entreprise du Fortune 50, soit près du double du montant maximal connu jusque-là. ThreatLabz estime que la stratégie de Dark Angels pourrait influencer d’autres groupes de rançongiciels en 2025 et entraîner des attaques plus ciblées contre les grandes entreprises.
De nouveaux secteurs pris pour cibles
Les secteurs ciblés évoluent également. L’industrie manufacturière, la santé et les technologies restent des cibles privilégiées en raison du caractère critique de leurs activités. Le secteur de l’énergie, en particulier, a enregistré une hausse de 500 % des attaques au cours de l’année écoulée. Ces secteurs attirent les cybercriminels, car les perturbations peuvent avoir de graves conséquences, ce qui incite les entreprises à payer rapidement la rançon.
Un autre facteur propre à ces secteurs est l’essor de l’intégration IT/OT. Lors de mes échanges avec des responsables informatiques, notamment dans les secteurs de la santé et de l’industrie manufacturière, j’ai constaté que les organisations connectaient des appareils non informatiques à leurs réseaux à un rythme sans précédent. La plupart de ces appareils ne disposent d’aucune fonctionnalité de sécurité intégrée, laissant la porte grande ouverte à un acteur malveillant qui pourrait s’introduire dans le réseau et détourner les données de l’entreprise, entraînant une demande de rançon.
Mes recherches montrent que le nombre d’appareils IoT va presque doubler au cours des cinq prochaines années, passant de 16 milliards aujourd’hui à 30 milliards.
Les groupes de rançongiciels les plus actifs
Malgré les efforts des forces de l’ordre, les attaques par rançongiciel continuent d’augmenter. Le rapport fait état d’une hausse de 58 % du nombre d’entreprises exposées à des sites de divulgation de données par rapport à l’année précédente. Les États-Unis ont représenté près de 50 % de l’ensemble des attaques, suivis par le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Canada et la France. Ces statistiques ne reflètent toutefois pas pleinement le nombre total d’incidents liés aux rançongiciels, car beaucoup ne sont pas signalés ou font l’objet d’un règlement confidentiel.
« En ce qui concerne le nombre d’attaques, les États-Unis ont enregistré une hausse de plus de 100 %, a déclaré Stone-Gross. C’est donc une cible privilégiée. Les entreprises américaines sont de loin celles qui sont le plus victimes de ces attaques, plus que dans tout autre pays. »
Les groupes de rançongiciels les plus actifs entre 2023 et 2024 étaient LockBit, BlackCat et 8Base. ThreatLabz a identifié cinq groupes de rançongiciels aux approches différentes qui devraient probablement dominer en 2024 et 2025 :
- Dark Angels : cible un nombre restreint d’entreprises et vole d’importants volumes de données avant de chiffrer les systèmes.
- LockBit : cible de nombreuses victimes grâce à un vaste réseau d’affiliés utilisant différentes variantes de rançongiciels.
- BlackCat : connu pour cibler plusieurs plateformes avant sa fermeture en mars 2024, ce groupe a développé des techniques qui devraient probablement influencer les opérations futures.
- Akira : ce groupe plus récent s’est fait remarquer par son modèle agressif fondé sur des affiliés et par une variante de rançongiciel difficile à détecter.
- Black Basta : ce groupe s’est adapté aux perturbations de ses réseaux d’accès en recourant à des tactiques d’ingénierie sociale.
Prévisions concernant les rançongiciels
Pour la suite, le rapport prévoit davantage d’attaques contre des cibles de grande valeur, une hausse des attaques d’ingénierie sociale par la voix (« vishing ») et un recours accru à l’intelligence artificielle générative (IA) pour créer des campagnes plus convaincantes. Les voix générées par l’IA avec des accents locaux devraient rendre ces attaques plus efficaces et plus difficiles à détecter.
Les attaques par rançongiciel axées sur le vol de données plutôt que sur le seul chiffrement devraient également se multiplier. Cette approche permet aux criminels d’opérer plus rapidement et plus efficacement, en utilisant la menace de divulgation des données pour pousser les victimes à payer la rançon. Le secteur de la santé devrait rester une cible privilégiée en raison de la valeur de ses données et de sa dépendance à des systèmes obsolètes.
« Auparavant, les groupes de rançongiciels volaient quelques centaines de gigaoctets, voire un téraoctet de données, a déclaré Stone-Gross. Aujourd’hui, nous voyons des dizaines de téraoctets, jusqu’à 100 téraoctets de données. Cela pousse davantage les entreprises à payer ces rançons élevées. Nous pensons que cette tendance va se poursuivre. »
Lutte contre les rançongiciels
Stone-Gross a expliqué que les entreprises pouvaient prendre des mesures préventives pour renforcer leurs stratégies de cybersécurité et se tenir informées des menaces émergentes. Par exemple, l’authentification multifacteur (MFA) peut ajouter une couche de sécurité supplémentaire et compliquer l’accès des utilisateurs non autorisés. Par ailleurs, maintenir les logiciels à jour et appliquer les derniers correctifs de sécurité dès qu’ils sont disponibles permet de remédier aux failles existantes.
« Assurez-vous de disposer d’une surveillance du réseau, d’une surveillance des terminaux et d’une approche en couches de bout en bout, a-t-il déclaré. En outre, nous recommandons une architecture Zero Trust. De nombreuses entreprises victimes de ces attaques disposent de réseaux plats. Quelqu’un s’authentifie avec un VPN et peut ensuite accéder librement à tout le réseau. Avec le Zero Trust, vous réduisez votre exposition. On ne peut pas attaquer ce que l’on ne peut pas voir. »
En appliquant le principe du moindre privilège, les organisations peuvent également s’assurer que les utilisateurs n’accèdent qu’aux ressources correspondant à leurs fonctions. Les outils de surveillance du réseau alimentés par l’IA peuvent analyser le comportement des utilisateurs et ajuster leurs privilèges d’accès. Ensemble, ces outils peuvent empêcher les cybercriminels d’étendre leurs accès et de progresser plus profondément dans le réseau.
Les professionnels de la sécurité doivent garder à l’esprit une règle empirique : la complexité est l’ennemie d’une bonne sécurité. Le travail hybride, l’informatique cloud, les téléphones mobiles et l’IA ont tous rendu l’environnement infiniment plus complexe et impossible à sécuriser avec les méthodes traditionnelles. Les rançongiciels ne sont pas près de disparaître ; les responsables de la sécurité doivent donc veiller à protéger au mieux les données de l’entreprise grâce à des technologies de sécurité à jour.
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