Meta aurait investi 3,5 milliards de dollars US dans EssilorLuxottica, l’entreprise de lunetterie propriétaire de Ray-Ban et Oakley. Les deux entreprises sont partenaires depuis 2020 et collaborent à la conception de lunettes intégrant des technologies d’intelligence artificielle.
L’entreprise de Mark Zuckerberg détiendrait désormais près de 3 % du capital du fabricant, ont indiqué des sources anonymes à Bloomberg, et envisagerait de porter cette participation à 5 % grâce à des investissements supplémentaires.
« Cela représente une nouvelle étape dans l’engagement de Meta envers la catégorie des lunettes intelligentes », ont déclaré dans une note les analystes du cabinet de recherche Bernstein, dont la publication a eu connaissance.
L’histoire des lunettes intelligentes de Meta
Le partenariat de Meta avec EssilorLuxottica a débuté en 2019. L’année suivante, l’entreprise a lancé Project Aria, une initiative de recherche consacrée à des lunettes intelligentes dopées à l’IA et non destinées à la commercialisation, en présentant son premier prototype, Aria Gen 1.
En 2021, Meta, qui s’appelait encore Facebook, a commercialisé les Ray-Ban Stories, ses premières lunettes intelligentes grand public. Elles permettaient d’écouter de la musique, de passer des appels et de prendre des photos ainsi que de courtes vidéos ; elles ne disposaient toutefois d’aucune fonctionnalité de réalité augmentée.
En 2023, l’entreprise a lancé les Ray-Ban Smart Glasses de deuxième génération, dotées d’un appareil photo de 12 MP à plus haute résolution, de deux microphones supplémentaires, de haut-parleurs améliorés et d’une intégration plus poussée de Meta AI, l’assistant conversationnel d’intelligence artificielle développé en interne par l’entreprise. Des mises à jour ultérieures de Meta AI ont permis la traduction en temps réel et les interactions multimodales.
En 2024, Meta a dévoilé Project Aria Gen 2, conçu spécifiquement pour les chercheurs universitaires et industriels travaillant dans les domaines de la robotique, de la réalité augmentée, de l’IA contextuelle et de la perception artificielle. Le mois dernier à peine, Meta et EssilorLuxottica ont commercialisé une paire de lunettes intelligentes Oakley conçues pour les sportifs, offrant des informations en temps réel spécifiques à chaque sport, comme la vitesse du vent pour les golfeurs et la hauteur des vagues pour les surfeurs.
En janvier 2025, Bloomberg a rapporté que Meta préparait sa première paire de lunettes de réalité augmentée, Artemis, pour un lancement en 2027.
Meta se mesure à Apple et Google
Meta n’est pas le seul géant de la tech à investir le marché des lunettes dopées à l’IA.
Apple prévoit de lancer ses propres lunettes intelligentes d’ici fin 2026, avec des fonctionnalités comparables à celles d’un smartphone accessibles à hauteur des yeux, et entend les positionner comme des concurrentes directes des Ray-Ban Smart Glasses. L’entreprise serait également en train de développer des puces pour une paire distincte de lunettes de réalité augmentée qui superposeront du contenu numérique au monde réel pour offrir une expérience immersive.
Google est également sur les rangs et s’est récemment associé à Kering Eyewear, Warby Parker, ainsi qu’à Gentle Monster pour développer des lunettes dopées à l’IA intégrant Android XR. L’entreprise cherche à prendre ses distances avec Google Glass, la première tentative malheureuse de la société dans le domaine des lunettes grand public de réalité augmentée. Le produit a été abandonné en 2015 en raison de préoccupations généralisées concernant la vie privée et d’un accueil négatif du public, ce qui a entraîné des interdictions dans divers lieux.
Le recentrage de Meta, des réseaux sociaux vers l’IA
Si Meta a commencé sous le nom de Facebook et conserve une emprise presque trop forte sur le paysage des réseaux sociaux, l’entreprise réoriente son activité vers l’IA depuis environ 2013. Elle a également confirmé son engagement en faveur de la réalité virtuelle avec son changement de nom en 2021 et continue d’investir dans ce secteur, portée par la conviction de Zuckerberg que les casques et le métavers constituent la prochaine frontière des technologies grand public.
Meta n’a toutefois pas rencontré beaucoup de succès avec l’IA à l’ère post-ChatGPT et peine à suivre le rythme d’OpenAI et de Google. Ses derniers modèles Llama ont enregistré des performances décevantes, ses chatbots d’IA ont acquis une réputation sulfureuse, et ses meilleurs ingénieurs quittent l’entreprise.
L’un des plans de Zuckerberg pour maintenir l’entreprise à flot consiste à injecter des fonds dans une nouvelle division consacrée à la superintelligence, c’est-à-dire à la création de modèles d’IA capables de surpasser l’intelligence humaine. Il aurait proposé des primes à la signature de 100 millions de dollars US à des ingénieurs d’entreprises comme OpenAI pour les convaincre de rejoindre son équipe.
Son autre projet parallèle dans le domaine de l’IA concerne les lunettes intelligentes. Celles-ci pourraient réduire la dépendance de Meta aux fabricants de smartphones, souvent critiqués pour leur monopole sur les services numériques, en permettant à Meta de distribuer ses offres via son propre matériel. En renforçant son partenariat avec EssilorLuxottica, l’entreprise bénéficie d’une expertise essentielle en matière de fabrication et de distribution à grande échelle. De son côté, le géant de la lunetterie pourrait profiter d’une part du marché potentiellement extrêmement lucratif de l’IA.
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