Récemment, les trois géants du cloud computing – Amazon, Microsoft et Google, également connus sous le nom d’AMG – ont annoncé leurs résultats trimestriels. Leur trimestre pourrait être résumé par les premiers mots de A Tale of Two Cities de Dickens : « C’était le meilleur des temps, c’était le pire des temps. »
Chacun des fournisseurs a affiché une forte croissance de son chiffre d’affaires (voir ci-dessous), avec des chiffres qui feraient pâlir d’envie la plupart des entreprises – c’était donc le meilleur des temps. D’un autre côté, ces chiffres de croissance sont en baisse par rapport au trimestre précédent – c’était donc le pire des temps ?
Voir aussi : Top Cloud Companies
On peut se demander pourquoi le taux de croissance trimestriel a ralenti et ce que cela implique – le cas échéant – pour les perspectives d’avenir d’AMG. Et qu’est-ce que cela signifie pour la poursuite de l’adoption du cloud par les grandes entreprises, dont les dépenses représentent la majeure partie des dépenses informatiques totales ?
Un facteur évident relevé par tous les fournisseurs dans leurs commentaires sur les résultats est le fait que le raffermissement du dollar a entraîné une contraction, due aux taux de change, des revenus générés sur les marchés non libellés en dollars. Satya Nadella a déclaré que les effets de change avaient provoqué une baisse de 595 millions de dollars US du chiffre d’affaires global. Une petite partie de la baisse du taux de croissance peut donc être attribuée à des facteurs macroéconomiques extérieurs à AMG.

Les taux de croissance trimestriels des principaux fournisseurs de cloud poursuivent leur progression rapide.
Adoption du cloud : pied au plancher
Qu’en est-il du reste de la baisse du taux de croissance ? Les entreprises ralentissent-elles leur adoption du cloud, compromettant ainsi les futurs taux de croissance d’AMG ?
De mon point de vue, rien ne prouve que les entreprises réduisent leurs projets d’adoption du cloud. En fait, je pense que, si tant est qu’il y ait une évolution, les entreprises augmentent l’ampleur de leur future adoption des solutions d’AMG. Nadella l’a confirmé en déclarant : « Nous constatons des engagements plus importants et à plus long terme, ainsi qu’un nombre record de contrats de plus de 100 millions de dollars US et de plus de 1 milliard de dollars US ce trimestre. »
On peut supposer que les composantes A et G d’AMG observent elles aussi le même type d’engagements en matière d’adoption.
Cette ampleur des engagements reflète l’évolution de la nature de l’adoption du cloud : elle ne concerne plus des applications individuelles, ni même une catégorie d’applications de transformation numérique. À ce niveau de dépenses, les entreprises transfèrent vers le cloud de larges pans de leur portefeuille applicatif total, souvent à la suite d’une réduction ou d’un abandon de leur centre de données.
Par conséquent, il est peu probable qu’AMG constate une baisse de la demande des entreprises. Comme l’indique la citation de Nadella, si évolution il y a, c’est plutôt une croissance de cette demande.
Voir aussi : Cloud Native Winners and Losers
Une route semée d’embûches
Malgré l’appétit accru des entreprises pour transférer de plus larges portefeuilles applicatifs vers le cloud, il est évident que les taux de croissance d’AMG ont baissé au cours du trimestre. Qu’est-ce qui pourrait expliquer cette réduction, sachant que les entreprises souhaitent migrer davantage vers les solutions d’AMG ?
Je pense que les entreprises se heurtent à des difficultés pratiques dans leur volonté d’accélérer l’adoption du cloud, et que ces difficultés reflètent des problèmes concrets qui font souvent obstacle aux ambitions en matière de cloud d’entreprise.
Premièrement, il y a les contraintes budgétaires : il faut investir dans la migration des applications tout en continuant à faire fonctionner et à maintenir ces mêmes applications pendant le déroulement des opérations de migration. Chaque entreprise ne peut se permettre de « doubler » ses dépenses que pour une partie de son portefeuille applicatif, ce qui allonge les feuilles de route de migration.
Deuxièmement, la plupart des entreprises constatent que le processus de migration des applications est plus complexe qu’elles ne l’avaient imaginé au départ. L’expression même de « lift and shift » semble promettre un effort limité pour déplacer une application vers le cloud, mais elle occulte l’ensemble des tâches nécessaires à cette migration, même lorsqu’aucune modification importante du code ou de l’architecture n’est prévue.
Pour n’en citer que quelques-unes, il faut mettre en place tous les services fondamentaux nécessaires au fonctionnement d’une application dans un environnement cloud : gestion des identités, application de règles de sécurité pour des éléments tels que la détection des intrusions, migration des données et/ou mise en œuvre d’une autre base de données ou d’un autre système de stockage.
Il suffit d’imaginer cette liste développée en une liste de 15 ou 20 actions distinctes, dont chacune doit être évaluée et mise en œuvre pour chaque application migrée, pour comprendre aisément pourquoi le « lift and shift », aussi séduisant soit-il, finit par demander plus de travail que prévu.
En pratique, cette route semée d’embûches entraîne un allongement des délais de déploiement des applications par rapport aux prévisions initiales, ce qui ralentit à son tour les feuilles de route globales de migration des portefeuilles.
Pour les taux de croissance d’AMG, cela implique non pas une baisse permanente, mais un report de l’adoption prévue à des trimestres ultérieurs, avec la possibilité d’étendre, voire d’augmenter, les taux de croissance des périodes suivantes.
Voir aussi : Best Machine Learning Platforms
Des temps encore plutôt favorables
Alors, pour revenir à la citation de Dickens, sommes-nous dans le meilleur des temps… ou dans le pire des temps ?
Les commentateurs des secteurs technologique et financier s’empressent de bondir sur le moindre écart par rapport aux résultats financiers prévus pour annoncer des conséquences cataclysmiques. Selon eux, la baisse des taux de croissance d’AMG annonce des temps difficiles pour les hyperscalers, avec en prime de terrifiants monstres tapis dans l’ombre : la hausse des taux d’intérêt, les entreprises confrontées à une récession et, sans aucun doute, l’annulation des séries vidéo en streaming préférées du public.
Il suffit de regarder le graphique ci-dessous, qui présente les revenus et les taux de croissance du cloud d’Amazon depuis 2015, pour constater qu’AWS connaît une croissance fulgurante depuis plusieurs années. Son taux de croissance du chiffre d’affaires a fluctué, mais les revenus globaux ont continué d’afficher une progression « vers le haut et vers la droite ».

Pour une entreprise de cette taille, AWS affiche un taux de croissance remarquable.
Microsoft et Google obtiennent des résultats tout aussi enviables, quoique sur des revenus quelque peu inférieurs. De même qu’une hirondelle ne fait pas le printemps, un seul trimestre ne suffit pas à établir une tendance inébranlable.
Amazon Web Services est désormais une activité de plus de 80 milliards de dollars US, affichant une croissance de plus d’un tiers sur un an. Franchement, nombreuses sont les entreprises qui accepteraient avec gratitude un tel taux de croissance sur des flux de revenus plus modestes, tandis que la plupart se sont résignées à des taux bien inférieurs sur des chiffres d’affaires nettement plus faibles.
La leçon la plus importante à retenir de ce trimestre est que la direction prise par l’adoption du cloud est claire, même si la pente de la courbe reste quelque peu indéterminée. Les difficultés qui freinent l’adoption sont claires et doivent être traitées, mais elles ne sont ni permanentes ni insurmontables.
Voir aussi : Top Digital Transformation Companies

