Dans ce qui est officiellement la plus importante fusion de l’histoire, SpaceX a racheté la start-up d’intelligence artificielle xAI.
L’opération, confirmée lundi dans un communiqué de SpaceX, crée un « moteur d’innovation » de 1,25 billion de dollars qui fusionne de fait le constructeur de fusées le plus prospère au monde avec son laboratoire d’IA à la croissance la plus fulgurante.
Selon des sources au fait du dossier citées par Bloomberg, cette valorisation attribue 1 000 milliards de dollars à SpaceX et 250 milliards de dollars à xAI. L’opération a été structurée entièrement en actions, CNBC rapportant que les actionnaires de xAI verront leurs titres convertis en actions SpaceX au taux de 0,1433 action par titre.
La logique qui sous-tend cette opération est à la mesure de son prix : le PDG Elon Musk estime que la Terre est tout simplement à court des ressources nécessaires pour faire fonctionner l’IA moderne.
« Les progrès actuels de l’IA dépendent de vastes centres de données terrestres, qui nécessitent d’immenses quantités d’électricité et de refroidissement. La demande mondiale d’électricité liée à l’IA ne peut tout simplement pas être satisfaite par des solutions terrestres, même à court terme, sans imposer des contraintes aux populations et à l’environnement », a écrit Musk dans l’annonce.
La solution ? Des centres de données en orbite. En lançant une constellation pouvant compter jusqu’à un million de satellites, l’entreprise prévoit d’exploiter une « énergie solaire quasi constante » dans un endroit où l’espace est, au sens propre, infini. Comme l’a plaisanté Musk dans l’annonce : « Si l’espace s’appelle “espace”, ce n’est pas pour rien. »
Une superentreprise en proie aux douleurs de croissance
Si la vision est cosmique, la réalité au sol est complexe.
The New York Times souligne que l’opération crée un géant « verticalement intégré », mais qu’elle brouille aussi les cartes pour l’entrée en Bourse très attendue de SpaceX, prévue plus tard cette année. Les investisseurs doivent désormais mettre en balance l’activité rentable de SpaceX dans les fusées et l’habitude de xAI de « brûler des liquidités », qui dépenserait, selon certaines informations, 1 milliard de dollars par mois.
Des obstacles techniques et réglementaires se dressent également :
- Chaleur et rayonnements : L’espace est peut-être froid, mais en l’absence d’air pour évacuer la chaleur, les satellites se comportent comme des thermos. The New York Times rapporte que les radiateurs pourraient devoir être « plus grands que des courts de tennis » pour empêcher l’IA de griller.
- Le mur entre les équipes : Comme SpaceX traite des technologies sensibles liées à la défense, l’entreprise doit se conformer à une réglementation internationale stricte. Une personne au fait du dossier a déclaré à Bloomberg que xAI resterait une filiale distincte et que les employés de SpaceX avaient été invités à faire preuve de « prudence » lorsqu’ils s’adressent à des membres du personnel de xAI qui ne disposent pas d’habilitation de sécurité.
Par ailleurs, quelques heures après avoir annoncé l’acquisition, SpaceX a révélé que l’une de ses fusées Falcon 9 avait rencontré un problème non précisé après avoir placé des satellites Starlink en orbite.
Alors que l’étage supérieur de la fusée avait déployé tous les satellites sans incident, un problème est survenu juste avant que le véhicule ne doive entamer sa propre désorbitation, a rapporté Bloomberg. L’incident constitue un problème relativement rare pour Falcon 9, qui avait connu son dernier incident en vol en 2024.
SpaceX a indiqué dans un communiqué publié sur X que ses équipes « examinent les données afin de déterminer la cause première et les mesures correctives à prendre avant la reprise des vols ».
Le plus important : une nouvelle ère technologique
Cette fusion marque un bouleversement majeur dans le secteur technologique. Nous passons de logiciels fonctionnant dans « le cloud » à des logiciels fonctionnant dans les étoiles.
Pendant des décennies, le secteur technologique a été façonné par ceux qui contrôlaient les infrastructures fondamentales, de l’énergie et des semi-conducteurs à Internet et au cloud computing. Aujourd’hui, l’IA déclenche le prochain grand basculement des plateformes, où le leadership dépendra du contrôle de l’énergie, de la puissance de calcul et des systèmes physiques nécessaires à sa pérennité.
Si Musk y parvient, il ne possédera pas seulement la plateforme de « liberté d’expression » la plus populaire (X) ou les fusées qui vont sur la Lune… il contrôlera l’infrastructure même de l’intelligence. En contournant le réseau électrique terrestre, il pourrait potentiellement proposer une puissance de calcul à une échelle et à un coût que des concurrents terrestres comme OpenAI ou Google ne pourront tout simplement pas égaler.
C’est ce qui rend cette opération si déstabilisante : elle représente une nouvelle forme d’intégration verticale dans la tech, où une seule entreprise contrôle tout, de la capacité de lancement à la production d’énergie en orbite et au déploiement de modèles d’IA. Il s’agit d’une appropriation des infrastructures plutôt que d’un simple pari sur l’IA.
Cette opération soulève également des questions inconfortables pour le reste du secteur. Si l’avenir de l’IA dépend de l’accès à d’immenses réserves d’énergie et à du matériel spécialisé, la course pourrait délaisser l’innovation logicielle au profit d’une compétition industrielle à grande échelle pour les ressources. Dans ce monde, le leadership en matière d’IA ressemble moins à la Silicon Valley qu’à l’aérospatiale, à la défense et à la géopolitique.
Comme l’a formulé Musk, il ne s’agit pas seulement d’un nouveau chapitre, mais du « prochain livre » de la mission visant à « étendre la lumière de la conscience jusqu’aux étoiles ! »
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