Le débat européen sur la souveraineté en matière d’IA est passé des tables rondes consacrées aux politiques publiques à la scène principale en France.
Alors que les dirigeants du G7 se réunissent à Évian et que le secteur technologique se retrouve à VivaTech, à Paris, responsables européens et dirigeants d’entreprise se demandent dans quelle mesure l’avenir de l’IA de la région doit dépendre des entreprises américaines. La question est devenue plus urgente après que de nouvelles restrictions américaines visant les modèles les plus avancés d’Anthropic ont montré à quelle vitesse l’accès à des systèmes d’IA essentiels peut être façonné par la politique étrangère.
Le débat dépasse désormais la réglementation. Il porte sur le contrôle du cloud, des puces, des modèles et des infrastructures qui sous-tendent la prochaine vague d’IA.
La souveraineté en matière d’IA domine les discussions en France
Reuters a rapporté que la souveraineté technologique devrait dominer les conversations au sommet du G7 à Évian comme à VivaTech, à Paris, cette semaine, alors que l’Europe se heurte à la domination américaine dans l’IA. Plus de 180 000 visiteurs, startups, investisseurs, dirigeants et responsables politiques sont attendus à VivaTech.
« La souveraineté technologique sera au cœur des préoccupations cette semaine à VivaTech », Ana Paula Assis, senior vice president chez IBM, a déclaré à Reuters.
« Pour que les organisations européennes réussissent dans ce domaine, il est essentiel de comprendre que la souveraineté consiste à avoir le contrôle là où c’est important — et non là d’où vient la technologie », a ajouté Assis.
Cette formulation est importante, car l’Europe ne cherche pas à rejeter purement et simplement les technologies américaines. Les responsables politiques et les entreprises cherchent plutôt à exercer un contrôle accru sur les éléments les plus critiques de la chaîne technologique de l’IA.
Le problème est que les entreprises européennes spécialisées dans l’IA dépendent encore largement d’infrastructures cloud contrôlées par les États-Unis, de puces et de modèles d’IA fondamentaux américains. La startup française Mistral est largement considérée comme le principal acteur européen de l’IA, mais même les concurrents régionaux ont besoin d’accéder à des capacités de calcul avancées et à des partenariats mondiaux.
Les restrictions visant Anthropic accentuent les inquiétudes
Les inquiétudes se sont intensifiées après que les États-Unis ont renforcé les restrictions visant les modèles d’IA les plus avancés d’Anthropic pour les ressortissants étrangers. Reuters a souligné que cette décision mettait en évidence l’exposition de l’Europe à des changements de politique échappant à son contrôle.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré mercredi qu’il était dans l’intérêt commun des États-Unis et de l’Union européenne que les Européens puissent utiliser les meilleurs modèles d’IA.
« Nous utilisons les technologies de confiance des uns et des autres, et nos systèmes financiers sont interconnectés. Il est dans notre intérêt commun que nos citoyens et nos entreprises puissent utiliser en toute sécurité les meilleurs modèles d’IA », a déclaré von der Leyen lors d’un déjeuner du G7 avec des dirigeants et des responsables de l’IA, selon Reuters.
L’Associated Press a rapporté que les responsables de l’IA attendus au G7 comprenaient le CEO d’OpenAI, Sam Altman, le CEO de Google DeepMind, Demis Hassabis, et le CEO d’Anthropic, Dario Amodei. Des dirigeants de laboratoires d’IA plus modestes, dont Mistral, Cohere, Black Forest Labs, Domyn, Sakana AI et Synthesia, devaient également participer.
Le contrôle a un coût
L’Europe a déjà proposé des gigafactories d’IA et des infrastructures informatiques à grande échelle afin d’élargir l’accès souverain aux capacités de calcul. Elle a également pris des mesures pour renforcer les secteurs nationaux du cloud, de l’IA et des semi-conducteurs.
Les compromis portent sur le coût et la vitesse. Reuters a rapporté que les alternatives européennes au cloud pouvaient entraîner des surcoûts allant jusqu’à 40 %, selon Karine Brunet, chief operating officer de Capgemini.
La souveraineté constitue ainsi à la fois un objectif politique et un défi infrastructurel. Un contrôle accru pourrait réduire l’exposition aux restrictions soudaines d’accès, mais il pourrait aussi s’accompagner de coûts plus élevés, d’un déploiement plus lent ou d’un choix de modèles plus limité.
La France a défendu cette question avec plus d’insistance que nombre de ses homologues. L’AP a rapporté que le gouvernement du président Emmanuel Macron avait commencé à imposer aux fonctionnaires l’utilisation d’un système de visioconférence conçu dans le pays, à la place de Zoom et de Microsoft Teams.
La question centrale est de savoir si l’Europe peut transformer sa quête de souveraineté en véritables capacités en matière d’IA. Cette semaine en France pourrait montrer si la région est prête à construire davantage de ses propres fondations pour l’IA ou si elle continuera à négocier un accès plus sûr à des systèmes contrôlés ailleurs.
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