Il apprécie la technologie quand elle prend la forme d’une papamobile, mais lorsqu’il s’agit d’utiliser l’IA dans les soins de santé, le pape a un point de vue bien arrêté.
Un congrès international intitulé « IA et médecine : le défi de la dignité humaine » s’est ouvert aujourd’hui (10 novembre) au Vatican, réunissant des scientifiques, des éthiciens et des professionnels de santé. Organisée par l’Académie pontificale pour la vie, cette rencontre vise à examiner comment l’IA peut coexister avec les impératifs moraux de la médecine — en particulier la protection de la dignité humaine.
Le pape Léon XIV s’est adressé aux participants par le biais d’un message écrit (probablement rédigé sans l’aide de ChatGPT), leur adressant ses « vœux accompagnés de prières » et les exhortant à veiller à ce que les nouvelles technologies ne remplacent jamais les relations humaines qui sont au cœur de l’accompagnement des patients.
Ses propos mettent en lumière un débat mondial grandissant sur l’utilisation de l’IA dans le domaine de la santé — du diagnostic et de la chirurgie au suivi des patients et au soutien en santé mentale — ainsi que sur les responsabilités éthiques qui accompagnent ces avancées.
La déshumanisation à l’ère des machines
Le pape s’est penché sur la manière dont l’IA transforme les interactions humaines et la perception que nous avons de nous-mêmes. À aucun moment, il n’a présenté l’IA comme l’œuvre du diable.
« Nous interagissons actuellement avec les machines comme si elles étaient des interlocuteurs, et nous devenons ainsi presque leur prolongement », a-t-il déclaré. « En ce sens, nous risquons non seulement de perdre de vue les visages des personnes qui nous entourent, mais aussi d’oublier comment reconnaître et chérir tout ce qui est véritablement humain. »
Ses paroles font écho aux préoccupations plus larges des éthiciens : une dépendance excessive aux algorithmes et à l’automatisation pourrait entraîner une érosion de l’empathie et des liens personnels dans la médecine. Alors que les hôpitaux et les systèmes de santé se tournent de plus en plus vers des outils fondés sur l’IA pour le triage, le diagnostic et l’efficacité administrative, les remarques du pape rappellent que la technologie doit compléter la dimension humaine des soins, et non la remplacer.
Concilier innovation et responsabilité morale
Tout en saluant les immenses bénéfices que les avancées technologiques ont apportés aux soins de santé — de la détection précoce des maladies aux traitements personnalisés —, le pape Léon XIV a souligné que le véritable progrès ne peut ignorer les limites éthiques. Il a déclaré que les particuliers comme les institutions doivent veiller à ce que les avancées de l’IA servent le « bien commun » plutôt que des intérêts économiques ou politiques.
Bien que l’IA et les autres technologies puissent être utilisées à des fins dévastatrices pour l’humanité lorsqu’elles sont employées à mauvais escient, a-t-il déclaré, ces mêmes technologies peuvent être « transformatrices et bénéfiques » si elles sont véritablement mises au service de la personne humaine.
Cet appel s’inscrit dans l’engagement continu du Vatican en faveur de l’éthique technologique. L’Église a souvent appelé à une collaboration entre scientifiques, autorités de régulation et communautés religieuses afin de façonner une innovation numérique respectueuse de la vie privée, de la justice et de la dignité. Pour les systèmes de santé confrontés à la protection des données et aux biais algorithmiques, l’intervention du pape souligne la nécessité de la transparence et de la responsabilité morale.
Le rôle irremplaçable des relations humaines
Alors que la plupart des entreprises tendent à considérer les êtres humains comme totalement remplaçables, le pape Léon XIV a insisté sur le fait que la médecine n’est pas simplement une discipline technique, mais une discipline profondément relationnelle.
« La fragilité de la condition humaine, a-t-il relevé, se manifeste souvent dans le domaine de la médecine, mais nous ne devons jamais oublier la “dignité ontologique qui appartient à la personne en tant que telle, simplement parce qu’elle existe et qu’elle est voulue, créée et aimée par Dieu”. »
Il a rappelé aux soignants que leur vocation repose à la fois sur des compétences professionnelles et sur une présence émotionnelle. Les soins de santé ne peuvent être réduits à la résolution d’un problème, a-t-il déclaré, ajoutant que les appareils et les données ne doivent jamais éroder le lien entre le patient et le soignant.
« Si l’IA doit servir la dignité humaine et permettre une prestation de soins de santé efficace, nous devons veiller à ce qu’elle améliore véritablement à la fois les relations interpersonnelles et les soins prodigués. »
Ces remarques touchent au cœur des débats sur la médecine numérique, où l’efficacité se fait souvent au détriment de l’empathie. Le message du pape encourage les professionnels de santé à utiliser l’IA comme un outil d’assistance plutôt que comme un substitut à la compassion.
Implications économiques et politiques
En conclusion de son message, le pape Léon XIV a mis en garde contre les « vastes intérêts économiques souvent en jeu dans les domaines de la médecine et de la technologie, ainsi que la lutte pour le contrôle qui s’ensuit ». La commercialisation des données de santé et la concentration du pouvoir entre les mains de grandes entreprises technologiques suscitent des inquiétudes concernant l’accès, l’équité et l’éthique dans le domaine de la santé mondiale.
Le pape a appelé à une large collaboration entre les professionnels de santé, les responsables politiques et les institutions internationales afin de garantir qu’une médecine fondée sur l’IA favorise l’épanouissement humain au-delà des frontières. En ancrant l’innovation dans la responsabilité morale, a-t-il suggéré, le monde peut exploiter l’IA non pas comme une menace pour l’humanité, mais comme un instrument de solidarité et de soin.
Hélas, l’IA peut être utilisée à des fins malveillantes. Warren Buffett met en garde les spectateurs contre les usurpateurs.

