Le gouvernement britannique a officiellement rebaptisé son organisme chargé de la supervision de l’IA, renommant l’AI Safety Institute en AI Security Institute. Cette décision marque un net abandon de sa précédente approche privilégiant la prudence face aux risques, au profit de la sécurité nationale plutôt que des préjudices sociaux plus larges liés à l’IA.
- L’AI Security Institute collaborera avec d’autres ministères et organismes publics, notamment :
- le laboratoire du ministère de la Défense
- le laboratoire de recherche sur la sécurité de l’IA
- le Centre national de cybersécurité
- l’ensemble de la communauté de la sécurité nationale
En outre, l’institut créera une nouvelle équipe consacrée aux usages criminels afin d’étudier, aux côtés du ministère de l’Intérieur, les menaces liées à l’IA en matière de criminalité et de sécurité.
Un changement de politique en matière d’IA
Le secrétaire d’État à la Technologie Peter Kyle a annoncé ce nouveau nom lors du Munich Security Summit le 14 février, expliquant qu’il visait à « refléter l’importance accordée aux risques graves liés à l’IA et à leurs implications en matière de sécurité ». Un communiqué du gouvernement a précisé que l’institut ne se concentrerait « ni sur les biais ni sur la liberté d’expression ».
Cette décision marque une rupture importante avec son mandat initial. Lors de sa création, annoncée au first AI Safety Summit organisé au Royaume-Uni en novembre 2023, l’objectif affiché était d’« étudier tous les risques, des préjudices sociaux comme les biais et la désinformation aux risques les plus improbables mais extrêmes, tels que la perte totale de contrôle de l’IA par l’humanité ».
« Le travail de l’AI Security Institute ne changera pas », a déclaré Kyle. « Mais ce nouvel accent mis sur la sécurité garantira que nos citoyens – ainsi que ceux de nos alliés – sont protégés contre ceux qui chercheraient à utiliser l’IA contre nos institutions, nos valeurs démocratiques et notre mode de vie. »
Les principaux domaines d’intervention comprendront :
- empêcher l’utilisation de l’IA pour mettre au point des armes chimiques et biologiques
- renforcer les défenses de cybersécurité contre les attaques pilotées par l’IA
- lutter contre les crimes facilités par l’IA, notamment la fraude et les abus sexuels sur mineurs
Au début du mois, le gouvernement a annoncé des plans visant à rendre illégal le fait de posséder des outils d’IA conçus pour créer des contenus pédosexuels.
Un virage vers des politiques favorables à l’innovation
L’approche du Royaume-Uni en matière d’IA a radicalement changé depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement travailliste en juillet 2024. Sous l’ancien Prime Minister Rishi Sunak, le gouvernement avait adopté une approche prudente, en signant un code de conduite volontaire sur l’IA et en publiant un livre blanc sur la réglementation de l’IA ainsi qu’une évaluation des risques. Destinées à protéger les consommateurs, ces politiques étaient impopulaires auprès des géants de la tech.
Cependant, l’actuel Premier ministre Keir Starmer semble s’orienter vers une approche plus favorable aux entreprises. Des réglementations plus strictes sur l’IA peuvent ralentir le lancement de produits par Google, Meta et d’autres grandes entreprises technologiques, ce qui risque de détourner les investisseurs.
Le Royaume-Uni s’aligne sur la politique américaine en matière d’IA
Peu après son entrée en fonction, Kyle a rassuré les dirigeants de Google, Microsoft, Apple, Meta et d’autres grands acteurs de la tech en leur indiquant que le futur projet de loi sur l’IA se concentrerait sur les grands modèles de langage comme OpenAI’s ChatGPT. Le projet de loi transformerait également l’AI Safety Institute en un « organisme public indépendant du gouvernement ».
En janvier 2025, Starmer a présenté le AI Opportunities Action Plan qui plaçait l’innovation au premier plan et ne mentionnait la sécurité qu’à peine. Fait notable, il n’a pas participé au Paris AI Action Summit, où le Royaume-Uni a également refusé de signer un engagement mondial en faveur d’une IA « inclusive et durable ».
Lors de son discours, le vice-président américain J.D. Vance a dénigré le recours de l’Europe à une « réglementation excessive », affirmant que l’approche internationale devait « favoriser la création de technologies d’IA plutôt que de l’étouffer ». Alors que le Royaume-Uni a nié que sa décision soit liée à un alignement sur les États-Unis, cette décision renforce son ouverture aux investissements de la Silicon Valley.
L’UE ajuste sa réglementation sur l’IA
Bien que l’UE ait signé le communiqué et fasse appliquer son controversé AI Act, la Commission européenne a annoncé son intention de retirer 37 propositions législatives de son programme de travail pour 2025, notamment des réglementations clés sur l’IA, les licences de brevets et la confidentialité électronique.
Cette décision suggère une évolution des priorités réglementaires de l’UE, signalant que même les responsables politiques européens répondent aux préoccupations des dirigeants mondiaux de la tech concernant la surréglementation.

