L’Église catholique s’attaque rapidement aux risques croissants de l’intelligence artificielle, se positionnant à la fois comme guide moral et comme régulateur discret dans un monde numérique en pleine mutation.
De récentes initiatives montrent que le Saint-Siège cherche activement à façonner l’évolution de l’IA. Qu’il s’agisse d’émettre des directives sur l’IA ou de renforcer ses partenariats en matière de cybersécurité, l’Église met en place ce qu’elle considère comme des garde-fous pour un monde numérique de plus en plus envahi par les deepfakes et la désinformation.
Selon Axios, cette initiative traduit une ambition plus large : jouer le rôle d’« arbitre mondial de ce qui est réel » à mesure que la manipulation numérique gagne en sophistication.
Les dirigeants de l’Église ont à plusieurs reprises mis en garde contre ce qu’ils décrivent comme une « crise de la vérité » grandissante, alimentée par des outils d’IA capables d’imiter des voix, des visages et même les émotions humaines. Cette inquiétude n’est pas nouvelle. Le défunt Pope Francis avait déjà tiré la sonnette d’alarme face à la désinformation, et son successeur, Pope Leo XIV, a poursuivi cette démarche avec une urgence renouvelée.
Selon les experts, l’inquiétude du Vatican tient à la rapidité avec laquelle l’IA transforme la réalité en ligne. Comme l’a expliqué Andrew Chesnut, de la Virginia Commonwealth University, à Axios, « le degré de falsification des voix et des vidéos de personnes a augmenté de façon exponentielle ».
Des règles claires : l’IA doit être au service des humains
Au cœur de l’approche du Vatican se trouve un principe ferme : la technologie doit être au service des personnes, et non les remplacer.
Dans le cadre récemment présenté sur l’IA, l’Église affirme que la technologie ne doit « jamais prendre le dessus sur les êtres humains ni les remplacer » et doit toujours préserver la dignité humaine, selon Axios. Les directives vont plus loin en interdisant les systèmes d’IA qui manipulent les individus, pratiquent la discrimination ou menacent la sécurité. Elles imposent également la transparence, un usage éthique et des mesures de protection des données.
Cette position a été reprise par le pape dans son message pour la 60e Journée mondiale des communications sociales.
« La tâche qui nous incombe n’est pas d’arrêter l’innovation numérique, mais plutôt de l’orienter et de prendre conscience de sa nature ambivalente. Il revient à chacun d’entre nous d’élever la voix pour défendre les personnes humaines, afin que nous puissions véritablement assimiler ces outils comme des alliés », a déclaré Pope Leo XIV, selon Vatican News.
Tracer la frontière entre réalité et simulation
Le Vatican s’inquiète notamment de la manière dont l’IA brouille la frontière entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Dans son message, Pope Leo XIV a averti que les technologies capables de simuler l’identité humaine pourraient perturber la manière dont les gens communiquent et interagissent entre eux.
« En regroupant les personnes dans des bulles de consensus facile et d’indignation facile, ces algorithmes réduisent notre capacité à écouter et à penser de manière critique, et accentuent la polarisation sociale », a-t-il déclaré, selon Vatican News. Il a également mis en garde contre le fait qu’une dépendance croissante à l’IA pourrait affaiblir la créativité, la responsabilité et l’esprit critique humains.
Les recommandations du Vatican ne sont pas seulement théoriques ; elles s’étendent aussi à la pratique quotidienne au sein de l’Église elle-même. En février, Pope Leo XIV a demandé aux prêtres de ne pas s’appuyer sur des outils d’IA pour rédiger leurs sermons.
« Prononcer une véritable homélie, c’est partager la foi », et l’IA « ne pourra jamais partager la foi », a-t-il déclaré lors d’une séance de questions-réponses avec des membres du clergé du diocèse de Rome, selon un article du National Catholic Reporter relayé par Axios. Il a également mis en garde contre la course à la popularité en ligne, notamment sur des plateformes comme TikTok.
Partenariats et défenses cyber
Au-delà des prises de position, le Vatican prend également des mesures concrètes pour renforcer son infrastructure numérique.
Il a élargi ses collaborations en matière de cybersécurité, notamment avec des entreprises spécialisées dans l’IA, afin de protéger ses systèmes et de contribuer aux discussions internationales plus larges sur la gouvernance de l’IA. Ces efforts visent à positionner l’Église non seulement comme une autorité morale, mais aussi comme un acteur participant activement à la définition de la manière dont les États et les organisations répondent aux risques liés à l’IA.
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