Lorsque Savannah Guthrie a publiquement imploré qu’on lui apporte la preuve que sa mère disparue était toujours en vie, elle demandait quelque chose sur lequel les enquêteurs s’appuient depuis des décennies.
Mais alors que les recherches pour retrouver Nancy Guthrie, âgée de 84 ans, se poursuivent, les progrès rapides de la technologie des deepfakes transforment cette demande en véritable champ de mines, contraignant les forces de l’ordre et les familles à se demander si les preuves numériques peuvent encore être considérées comme fiables.
Nancy Guthrie a disparu de son domicile en Arizona fin janvier, et les autorités ont rapidement déclaré que les circonstances laissaient penser à un acte criminel. À mesure que l’enquête s’est étendue, l’attention du public s’est elle aussi intensifiée, notamment en raison de la notoriété de Savannah Guthrie, présentatrice de longue date de Today show.
Ce qui aurait autrefois été un simple appel à témoins s’est heurté à une réalité moderne : les images, les enregistrements audio et les vidéos peuvent désormais être falsifiés de manière convaincante à l’aide d’outils d’IA accessibles au grand public.
Quand la preuve de vie n’en est plus une
Dans les affaires d’enlèvement et de disparition, la preuve de vie désignait traditionnellement quelque chose de simple. Une photo récente. Un appel téléphonique. Une courte vidéo. Ces éléments rassuraient les familles et aidaient les enquêteurs à confirmer qu’une victime était en vie et à éventuellement préciser la chronologie des faits.
L’IA a bouleversé cette logique.
Selon des responsables des forces de l’ordre cités par NPR, même une vidéo montrant Nancy parler ou bouger ne pourrait plus être acceptée sans vérification. La technologie des deepfakes peut recréer l’apparence et la voix d’une personne avec une précision troublante, en particulier lorsqu’il existe de nombreuses images publiques de celle-ci, comme c’est le cas pour une famille aussi connue que les Guthrie.
Les enquêteurs doivent donc désormais traiter toute donnée numérique transmise avec suspicion. Les métadonnées doivent être examinées. Les enregistrements audio analysés. Les artefacts visuels passés au crible. Ce qui prenait autrefois quelques minutes peut désormais prendre plusieurs jours et, dans les affaires de disparition, chaque minute compte.
Le risque n’a rien de théorique. Les autorités ont déjà été confrontées à de fausses pistes et à des tentatives frauduleuses d’extorsion de rançon, notamment de la part d’individus exploitant l’affaire pour réclamer de l’argent sans aucun lien avec la disparition de Nancy. Chaque fausse information mobilise des ressources et épuise les forces émotionnelles, tout en brouillant la recherche de réponses véritables.
Une affaire qui illustre un problème plus vaste
L’affaire Guthrie met en lumière un défi grandissant pour les forces de l’ordre comme pour les familles.
Comme le rapporte Inc., les deepfakes ne sont plus des outils de niche réservés à des techniciens chevronnés. Ils sont accessibles, rapides et de plus en plus difficiles à détecter. Dans des situations émotionnellement chargées, cette combinaison peut être dévastatrice.
Pour les familles, le coût psychologique est immense. Une vidéo semblant montrer un proche en vie peut susciter de l’espoir, avant que celui-ci ne s’évanouisse lorsqu’il est établi qu’elle est truquée. Pour les enquêteurs, les enjeux sont tout aussi importants. Agir sur la base de preuves manipulées peut orienter une enquête dans la mauvaise direction ou alerter les auteurs des faits.
Savannah Guthrie continue d’exhorter toute personne disposant d’informations fiables à contacter directement les autorités, en soulignant que les forces de l’ordre sont les mieux placées pour évaluer ce qui est crédible. C’est un rappel préoccupant : les appels publics, aussi puissants soient-ils, existent désormais dans un écosystème en ligne où des acteurs malveillants peuvent facilement s’immiscer.
Plus largement, cette affaire montre comment l’IA remodèle en temps réel la criminalité et les enquêtes. La technologie qui stimule la créativité et l’efficacité érode également les certitudes établies depuis longtemps sur les preuves et la vérité.
Pour l’instant, les recherches pour retrouver Nancy Guthrie se poursuivent. Et, parallèlement, une question plus discrète mais plus troublante se pose : dans un monde où la réalité peut être fabriquée de manière convaincante, comment savoir si une preuve est authentique ?
Vous voulez voir jusqu’où s’étend ce problème ? eWeek examine comment les deepfakes d’IA usurpent déjà l’identité de vrais médecins et mettent des personnes en danger.

