Le départ de deux vedettes de l’IA a transformé la course de Google avec Gemini en test de rétention des talents.
Noam Shazeer, codirecteur de Gemini et coauteur de l’article ayant présenté l’architecture Transformer, a rejoint OpenAI. John Jumper, lauréat du prix Nobel connu pour ses travaux sur AlphaFold, a quitté Google DeepMind pour Anthropic.
Ces départs soulèvent de nouvelles questions sur la capacité de Google à retenir les chercheurs à l’origine de ses ambitions dans l’IA, alors même que les indicateurs d’usage de Gemini, d’infrastructure et d’adoption en entreprise ne montrent aucun ralentissement visible.
Le risque lié aux talents de Google pèse sur la course de Gemini
Le départ de Shazeer pour OpenAI et celui de Jumper pour Anthropic ont rendu les pertes de talents en IA de Google particulièrement visibles sur un marché où les chercheurs d’élite peuvent influencer la dynamique du recrutement et le sentiment des investisseurs.
Le départ de Shazeer pèse d’autant plus lourd que Google avait auparavant dépensé plus de 2 milliards de dollars pour obtenir une licence de la technologie de Character.AI et faire revenir Shazeer et une partie de son équipe chez Google. D’autres informations ont évalué l’opération à 2,7 milliards de dollars.
Jusqu’à présent, ces départs semblent davantage constituer un risque pour la confiance dans la feuille de route qu’un ralentissement mesurable de Gemini. Google se bat avec OpenAI et Anthropic pour attirer un petit vivier de chercheurs dont la réputation peut influencer le recrutement et la confiance du marché.
La réaction du titre Alphabet a montré à quelle vitesse les investisseurs ont fait le lien entre ces départs et les questions sur la direction de l’IA chez Google, les actions prolongeant leurs pertes mardi après avoir chuté de 5 % lundi.
Les mouvements de talents ne suffisent pas à justifier l’abandon des feuilles de route de Gemini, Vertex AI ou Google Cloud. Pour les équipes d’entreprise, la question la plus importante est de savoir si les prochaines versions de Gemini resteront au niveau en matière de raisonnement, de programmation et de flux de travail agentiques, autant d’éléments susceptibles d’influencer le choix d’un fournisseur et les paris à long terme sur une plateforme.
Les indicateurs de Gemini continuent de témoigner de la solidité de la plateforme
Gemini fonctionne déjà au sein de produits Google bénéficiant d’importantes audiences intégrées, notamment Search, Android et Workspace.
Lors de la conférence téléphonique sur les résultats du T1 2025 d’Alphabet, le PDG Sundar Pichai a déclaré que le nombre d’utilisateurs actifs d’AI Studio et de l’API Gemini avait augmenté de plus de 200 % depuis le début de 2025. Il a également indiqué que les AI Overviews comptaient plus de 1,5 milliard d’utilisateurs mensuels et que les 15 produits Google comptant au moins 500 millions d’utilisateurs utilisaient des modèles Gemini.
Les requêtes en AI Mode étaient en moyenne deux fois plus longues que les requêtes Search traditionnelles, tandis que Workspace fournissait plus de 2 milliards d’assistances IA par mois. Cette stratégie de distribution se manifeste déjà dans les outils de productivité, notamment avec le déploiement par Google de résumés IA dans Gmail auprès de plus d’1 milliard d’utilisateurs.
Lors de la conférence téléphonique sur les résultats du T4 2024 d’Alphabet, Pichai a déclaré que Trillium, le TPU de sixième génération de Google, offrait des performances d’entraînement quatre fois supérieures et un débit d’inférence trois fois supérieur à ceux de la génération précédente. L’usage de Vertex AI a été multiplié par 20 en 2024.
Google a indiqué dans son article consacré au lancement de Gemini 2.0 que les TPU avaient alimenté l’intégralité de l’entraînement et de l’inférence de Gemini 2.0, et que Trillium était généralement disponible pour les clients en décembre 2024. Le prototype Project Mariner a obtenu un score de 83,5 % au benchmark WebVoyager, mais ce chiffre provient de la propre évaluation de Google et doit être considéré comme une donnée communiquée par le fournisseur.
À mesure que Gemini s’engage davantage dans l’IA agentique, Google DeepMind travaille également sur des contrôles de sécurité pour les agents IA susceptibles d’influencer la manière dont les entreprises évaluent les outils autonomes.
L’avantage de Google est structurel, même si l’écart concurrentiel n’est pas mesuré de manière indépendante : sa pile IA couvre les puces, les modèles, l’infrastructure cloud et les outils pour développeurs. Le prochain test consistera à déterminer si Gemini gagne du terrain dans les systèmes d’entreprise tiers et reste au niveau des benchmarks indépendants de raisonnement et d’IA agentique.
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