Les chiffres des licenciements d’avril ont livré un bilan difficile pour les entreprises américaines, et l’IA commence à apparaître dans les marges.
Un nouveau rapport de Challenger, Gray & Christmas révèle que les entreprises ont cité l’IA comme principale raison des suppressions d’emplois en avril. Par ailleurs, le secteur technologique a annoncé plus de 33 000 licenciements au cours du mois, soulignant à quel point la vague actuelle de suppressions touche durement les entreprises technologiques.
Ces chiffres suggèrent que le dernier cycle de licenciements ne vise pas seulement à corriger les excès d’embauches de l’époque pandémique. Les entreprises réduisent aussi leurs coûts tout en réorientant davantage de dépenses vers l’automatisation et les infrastructures d’IA.
Les principaux responsables des licenciements
Selon le rapport de Challenger, Gray & Christmas, l’IA est la principale raison des licenciements récents, représentant 26 % de l’ensemble des licenciements du mois dernier. Avril est le deuxième mois consécutif au cours duquel l’IA a été citée comme principal facteur des suppressions d’emplois, avec un total de 49 135 lettres de licenciement envoyées cette année.
Les licenciements dus à des fermetures d’entreprises arrivent juste derrière ceux liés à l’IA. Ce phénomène est aussi ancien que l’emploi lui-même et, en avril, il a entraîné la perte de leur emploi pour 14 782 personnes. Le troisième facteur relevé dans le rapport de Challenger est lié aux efforts des entreprises pour réduire leurs coûts, qui ont contribué à 12 912 suppressions d’emplois.
Selon Challenger, le nombre de salariés ayant volontairement accepté une indemnité de départ pour quitter leur poste en avril s’élevait à 9 295, ce qui en fait la quatrième cause de licenciement.
Les entreprises technologiques les plus touchées
L’IA est le principal moteur des licenciements pour le deuxième mois consécutif cette année, et les entreprises technologiques sont celles qui adoptent le plus l’IA.
Bien que le rapport ne détaille pas les métiers technologiques les plus touchés, il indique que 85 411 emplois technologiques ont déjà été supprimés cette année. La part d’avril s’élève à 33 361, soit 33 % de plus que l’an dernier.
Bien qu’ils soient en baisse de 96 % par rapport aux licenciements du T1 de l’an dernier, les employés du secteur public sont les deuxièmes plus touchés en avril cette année, les agences gouvernementales aux niveaux local, régional et fédéral ayant annoncé un total de 9 149 licenciements en avril.
Le T1 a vu la suppression de 10 512 emplois dans l’entreposage, dont plus de la moitié (5 743) le mois dernier. Comme pour les employés du secteur public, la tendance est en baisse de 65 % par rapport à l’an dernier. Le même recul des licenciements a été observé dans les entreprises de services, avec 4 110 de leurs 10 797 suppressions d’emplois intervenues en avril.
Les entreprises pharmaceutiques figurent également dans la liste, nombre d’entre elles ayant annoncé qu’elles auraient supprimé 7 440 emplois d’ici avril. Parmi les autres secteurs durement touchés figurent les entreprises chimiques (4 975 emplois), les médias (1 462 emplois) et l’industrie manufacturière (7 799 emplois).
Le tableau d’ensemble des licenciements est plus complexe
Par rapport à mars de cette année, davantage de personnes (83 387) ont continué à perdre leur emploi dans plusieurs secteurs, en particulier dans la technologie. Mais au-delà de ce constat, les chiffres montrent qu’en glissement annuel, le T1 2026 a en réalité connu un ralentissement plus marqué des licenciements annoncés.
Ce contraste donne une image plus inégale derrière les gros titres. Si certains secteurs semblent se stabiliser, d’autres poursuivent d’importantes restructurations autour de la réduction des coûts, de l’automatisation et des priorités d’investissement dans l’IA, entraînant des milliers de suppressions d’emplois.
Les entreprises recrutent toujours… mais autrement
En avril 2025, 16 191 nouveaux postes ont été annoncés. Cette année, ils sont 10 049, ce qui reste inférieur aux 32 826 postes vacants annoncés en mars.
Jusqu’à présent, les recrutements au sens large ont diminué de 13 % dans l’ensemble des secteurs. Si les agences gouvernementales ont dominé les recrutements d’avril avec 2 350 nouvelles embauches, devant les entreprises technologiques avec 1 980, ces statistiques ne montrent pas toute la réalité et, lorsqu’on les compare, le rythme des licenciements dans ces secteurs dépasse largement leurs projets de recrutement.
Toutefois, le secteur automobile a augmenté ses projets de recrutement, passant de 4 874 au cours des quatre premiers mois de l’an dernier à 12 258 cette année. Les recrutements dans le secteur du divertissement et des loisirs s’élèvent à 8 261, en baisse de 70 % par rapport au niveau de l’an dernier, qui était de 28 000.
Ensemble, ces éléments montrent que de nombreuses entreprises ne licencient pas simplement pour recruter à nouveau à un poste identique ; elles licencient pour recruter à nouveau à des postes précis correspondant à la direction qu’elles pensent prendre, ce qui entraîne un ralentissement important des recrutements.
Pourquoi ce cycle de licenciements semble différent
Pendant des années, les licenciements dans les entreprises ont souvent été expliqués par des ajustements du marché, une réduction des effectifs motivée par les revenus ou, tout simplement, la fermeture de l’entreprise. Peu après la pandémie, la justification a changé : il fallait faire le ménage après les recrutements massifs de l’époque pandémique. Mais les derniers chiffres de Challenger indiquent qu’un phénomène plus large est en train de se dessiner dans les entreprises américaines.
L’IA est de plus en plus considérée à la fois comme un moteur de croissance et un outil de réduction des coûts, permettant aux entreprises de justifier des réductions d’effectifs tout en continuant à investir massivement dans les nouvelles technologies.
Cependant, Sam Altman a contesté l’idée selon laquelle l’IA serait directement responsable d’un grand nombre de ces suppressions d’emplois, affirmant que les entreprises ont souvent des raisons commerciales plus profondes de licencier et utilisent l’IA comme meilleur écran de fumée.
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