Le président Donald Trump a signé un décret appelant à un examen fédéral des modèles d’IA avancés avant leur mise à la disposition du public, marquant un changement notable par rapport à l’attitude jusque-là peu interventionniste de son administration.
Le décret demande aux développeurs d’IA de collaborer volontairement avec les agences fédérales dans le cadre d’un processus d’évaluation visant à déterminer si de nouveaux systèmes disposent de « capacités avancées en matière de cybersécurité » et s’ils doivent être considérés comme des « modèles de pointe concernés ». Cet examen doit évaluer les risques potentiels pour la sécurité nationale, les systèmes financiers, les infrastructures critiques et d’autres réseaux sensibles.
La politique ne va pas jusqu’à imposer une réglementation, mais elle montre néanmoins que la Maison-Blanche souhaite examiner de plus près les systèmes d’IA les plus puissants avant leur déploiement à grande échelle.
Comment fonctionnerait l’évaluation fédérale des systèmes d’IA
Parmi les dispositions du décret, le président demande la conception, avec les développeurs d’IA, d’un cadre volontaire dans lequel ceux-ci pourraient :
- s’adresser au gouvernement fédéral afin de déterminer si le ou les modèles en cours de développement répondent à la définition d’un « modèle de pointe concerné ».
- collaborer avec le gouvernement fédéral pour sélectionner des partenaires de confiance qui bénéficieront d’un accès anticipé aux modèles de pointe concernés, afin de favoriser une innovation sûre et de renforcer la cybersécurité des infrastructures critiques.
L’évaluation classifiée évaluera les implications des modèles d’IA avancés pour la sécurité nationale et déterminera lesquels sont couverts par la politique. Cette décision sera prise par le directeur de la National Security Agency, en collaboration avec les responsables de la cybersécurité et des technologies de la Maison-Blanche, de la Cybersecurity and Infrastructure Security Agency (CISA) et du Pentagone.
Comment s’est opéré ce changement de politique
Le décret sur l’IA du mois dernier est intervenu après des mois de débats au sein de l’administration sur la manière de gérer cette technologie et son impact sur la cybersécurité et la sécurité nationale. Il aurait instauré une période de 90 jours durant laquelle les responsables gouvernementaux auraient examiné les nouveaux modèles d’IA avant leur mise en circulation.
Mais l’ancien responsable de l’IA, David Sacks, a averti Trump quelques heures avant la signature prévue que le décret ralentirait l’innovation, et le président l’a retiré quelques heures seulement avant de devoir le signer.
La signature de mardi aurait fait suite à une réunion organisée lundi à la Maison-Blanche par Trump avec le secrétaire au Trésor Scott Bessent, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth et Sacks, qui a approuvé la version révisée après la réduction de la durée d’examen, ramenée de 90 à 30 jours. Cela a incité Trump à aller de l’avant et à signer le décret révisé.
La suspension de 30 jours donnerait aux agences fédérales le temps d’évaluer les menaces que les systèmes d’IA pourraient représenter pour les systèmes financiers, de sécurité nationale et autres systèmes informatiques sensibles.
Ce décret constitue la mesure la plus importante prise par l’administration Trump en direction d’une réglementation de l’IA. Le fait de jouer un rôle plus actif dans la surveillance des capacités de cette technologie marque un changement de stratégie pour le président, qui avait adopté une attitude de laissez-faire envers l’IA durant son premier mandat.
Trump a également tenté de dissuader les États d’adopter des réglementations sur l’IA auxquelles il s’oppose. La décision du président d’adopter des tests volontaires pourrait réduire les bénéfices du secteur si elle retarde le déploiement de nouveaux modèles ou pousse les entreprises à modifier leurs processus de développement et d’évaluation pour répondre aux préoccupations de sécurité.
Pourtant, Trump a déclaré que la supervision gouvernementale était importante pour se prémunir contre les menaces visant la sécurité nationale.
« Les capacités avancées de l’IA rendent notre nation plus forte, mais elles introduisent également de nouvelles considérations en matière de sécurité nationale qui nécessitent une action coordonnée entre les départements et agences de l’exécutif (agences), ainsi que leurs composantes », indique notamment le décret. À mesure que ces capacités évoluent, Trump a déclaré que son administration « continuera à travailler en étroite collaboration avec le secteur afin de garantir que les technologies les meilleures et les plus sûres soient rapidement déployées pour faire face à toutes les menaces qui pèsent sur notre pays ».
Le décret laisse plusieurs questions majeures sans réponse, notamment le nombre d’entreprises d’IA qui participeront, la manière dont les agences fédérales définiront un « modèle de pointe concerné » et la possibilité que l’évaluation volontaire finisse par devenir un processus d’examen plus formel. Pour l’instant, cette politique confère à l’administration Trump un rôle plus clairement défini dans l’examen de la prochaine génération de systèmes d’IA avant leur arrivée sur le marché.
Le décret fait suite à d’autres signes récents montrant que l’administration examine de plus près les risques liés à l’IA de pointe. Anthropic, par exemple, a récemment présenté aux responsables de Trump son cadre de sécurité de l’IA, Mythos, alors que les responsables politiques évaluent le degré de surveillance que le gouvernement devrait exercer sur les systèmes les plus avancés.

