Au Grand Palais, des dirigeants de près de 100 pays se sont réunis avec des géants de la tech comme Google, Meta et OpenAI à l’occasion du Paris Artificial Intelligence Action Summit. Coorganisé par le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Narendra Modi, l’événement visait à façonner l’avenir de la gouvernance de l’IA. Toutefois, des positions divergentes sont apparues concernant les approches réglementaires, l’inclusivité et les intérêts nationaux.
Les États-Unis et le Royaume-Uni ont refusé de signer une déclaration soutenue par 61 pays, tandis que la Chine a promu la collaboration et le partage des avancées. L’Europe s’est concentrée sur des investissements majeurs dans l’IA, et une nouvelle coalition a présenté des outils d’IA open source destinés à protéger les enfants en ligne.
eWeek passe en revue les quatre principaux résultats du sommet.
1. Les États-Unis et le Royaume-Uni ont refusé de signer une déclaration en faveur d’une IA « inclusive et durable »
Ni les États-Unis ni le Royaume-Uni ne figuraient parmi les 61 pays ayant signé le communiqué non contraignant s’engageant en faveur d’une IA « inclusive et durable ».
Le président américain Trump a critiqué les initiatives en faveur de la diversité, de l’équité et de l’inclusion (DEI), et les entreprises technologiques ont réduit leurs engagements en matière de DEI. Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que le vice-président J.D. Vance ait refusé de « s’engager à favoriser une IA inclusive », comme le prévoyait la déclaration. Vance a également déclaré que l’Europe s’appuyait sur une « réglementation excessive » et que les États-Unis, prétendument « leaders de l’IA », n’étaient guère disposés à coopérer avec la Chine, cosignataire de la déclaration.
Ses propos contrastaient avec d’autres points de vue exprimés lors du sommet, centrés sur la réglementation de l’IA dans l’intérêt général. « Nous avons besoin de ces règles pour faire progresser l’IA », a déclaré Macron, selon la BBC.
Le ministre britannique des Collectivités, Alex Norris, a nié sur Sky News que le refus du Royaume-Uni de signer la déclaration visait à s’aligner sur les États-Unis. Dans une déclaration à la BBC, un porte-parole du gouvernement a plutôt évoqué des préoccupations liées à la sécurité nationale et à la « gouvernance mondiale ».
Cette décision contraste avec la position auparavant favorable à la sécurité du Royaume-Uni — le pays avait accueilli le premier AI Safety Summit in 2023. Toutefois, depuis lors, le Premier ministre Keir Starmer, qui n’a pas assisté au sommet de Paris, a donné la priorité à l’innovation dans le plan d’action britannique pour l’IA, qui plaçait l’innovation au premier plan et mentionnait à peine la sécurité.
2. La Chine se dit prête à partager ses avancées dans le domaine de l’IA
Le vice-Premier ministre chinois Zhang Guoqing a déclaré que le pays était « disposé à travailler avec d’autres pays pour promouvoir le développement, préserver la sécurité et partager les avancées dans le domaine de l’intelligence artificielle », selon l’agence de presse Xinhua.
La Chine a également réaffirmé sa position diplomatique plus large, déclarant qu’elle entendait « construire conjointement une communauté partageant un avenir commun pour l’humanité », faisant écho au sentiment central de la politique diplomatique du président Xi Jinping. Lors d’un échange séparé avec le président Macron, Zhang a ajouté que la Chine était prête à travailler spécifiquement avec la France pour faire progresser les initiatives en faveur d’une IA responsable.
3. L’Europe s’engage à réaliser d’importants investissements dans l’IA
L’Europe a annoncé plusieurs séries d’investissements financiers pour soutenir le développement de l’IA dans la région. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a lancé InvestAI, une initiative qui vise à mobiliser 200 milliards d’euros à cette fin, dont 20 milliards d’euros destinés à quatre gigafactories de l’IA qui entraîneront des modèles volumineux et complexes.
En outre, une coalition de plus de 60 entreprises européennes, dirigée par la société de capital-risque General Catalyst, a annoncé l’EU AI Champions Initiative. Elle vise à accélérer l’adoption de l’IA dans les différents secteurs en investissant 150 milliards d’euros dans les entreprises et les infrastructures liées à l’IA en Europe au cours des cinq prochaines années. L’initiative appelle également à simplifier la réglementation de l’IA afin de stimuler l’innovation tout en maintenant des garde-fous.
Ces annonces sont intervenues après que le président Macron a déclaré que des investisseurs privés injecteraient 100 milliards d’euros dans les projets français dans le domaine de l’IA au cours des prochaines années. Cette initiative est largement perçue comme un contrepoids à l’initiative Stargate, qui consacrera plus de 500 milliards de dollars US aux infrastructures d’IA.
Macron a également présenté Current AI, une initiative à but non lucratif soutenue par 400 millions de dollars US d’investissements provenant notamment du gouvernement français, de Google et d’organisations philanthropiques. Ces projets se concentreront sur la santé, la diversité linguistique, la science ainsi que la confiance et la sécurité, afin de soutenir des « initiatives à grande échelle au service de l’intérêt général ».
4. Des outils de sécurité en ligne seront mis gratuitement à disposition
Lors du sommet, Google, OpenAI, Roblox et Discord ont lancé une nouvelle coalition pour la sécurité des enfants, l’initiative Robust Open Online Safety Tools (ROOST). Elle vise à fournir gratuitement aux entreprises des outils d’IA open source pour les aider à détecter, examiner et signaler les contenus pédosexuels.
À ce jour, ROOST a levé plus de 27 millions de dollars US. Selon l’ancien PDG de Google Eric Schmidt, partenaire fondateur, l’initiative commencera par développer une plateforme axée sur la protection des enfants.

