Washington a ouvert un nouveau canal étroit pour permettre aux puces d’IA avancées d’atteindre la Chine, mais Pékin contrôle toujours le passage effectif du matériel.
Selon des documents et des sources consultés par Reuters, des responsables américains ont approuvé des licences d’exportation permettant à une filiale de ZTE et à deux autres entreprises chinoises d’acheter des processeurs avancés auprès de Nvidia et d’AMD. Ces autorisations élargissent le groupe d’entreprises chinoises pouvant prétendre aux puces américaines soumises à des restrictions, sans démanteler le régime général de contrôle des exportations.
Ces licences ne constituent que la moitié de la transaction. Les autorités chinoises ont également restreint l’entrée des livraisons de puces, laissant ces entreprises prises entre les politiques technologiques des deux plus grandes économies mondiales.
ZTE et Maginfra obtiennent l’autorisation pour les H200
Selon Reuters, qui cite des personnes au fait du dossier et des documents consultés, trois entreprises chinoises supplémentaires ont été autorisées à accéder légalement aux puces Nvidia H200 après que les États-Unis ont adopté une approche moins stricte de leur interdiction des puces haut de gamme. Les restrictions ont été assouplies en décembre, permettant à Nvidia d’entamer les préparatifs avec ses partenaires chinois en vue d’exporter les H200.
Les entreprises autorisées à acheter les GPU H200 de Nvidia comprennent une filiale du fabricant d’équipements télécoms ZTE et le fabricant de serveurs Maginfra. Une troisième entreprise, Zhuhai Hengqin Yunxiang Zhisheng Network Technology, filiale de Kingsoft Cloud, a été autorisée à utiliser certaines puces AMD rivales des H200.
Pékin contrôle toujours l’étape suivante
Ces autorisations ne garantissent pas que les puces parviendront prochainement aux clients chinois.
Pékin a lui aussi imposé ses propres restrictions, bloquant certaines livraisons à destination de la Chine, même après que Washington a accordé les licences d’exportation. Toutefois, le pays a récemment informé les principales entreprises d’IA qu’elles pourraient être autorisées à acheter des quantités limitées de ces puces.
Dans le même temps, les restrictions américaines ont accéléré les investissements de la Chine dans le matériel d’IA national, les entreprises s’appuyant de plus en plus sur des solutions développées sur le marché intérieur.
Cette évolution a déjà remodelé le marché, Huawei gagnant du terrain et s’emparant de la part de Nvidia sur le marché chinois des puces.
Le matériel d’IA reste un actif stratégique
Les dernières autorisations montrent que les processeurs d’IA avancés sont devenus bien plus que de simples produits commerciaux.
Ils sont de plus en plus utilisés comme des outils stratégiques dans la rivalité technologique plus large entre les États-Unis et la Chine, les deux gouvernements décidant non seulement qui peut concevoir les systèmes d’IA les plus performants, mais aussi quelles entreprises ont accès à la puissance de calcul qui les fait fonctionner.
Pour Nvidia et AMD, ces autorisations d’exportation limitées rouvrent une partie d’un marché d’un milliard de dollars qui avait été largement fermé par les restrictions américaines. Pour les trois entreprises chinoises, toutefois, l’accès immédiat aux puces d’IA américaines reste incertain, les décisions politiques prises à Washington comme à Pékin faisant des approvisionnements futurs une question autant diplomatique que commerciale.
Cette évolution dépasse Nvidia et AMD.
Les fournisseurs de services cloud, les développeurs de logiciels, les opérateurs télécoms, les start-up d’IA et les entreprises de robotique dépendent tous de l’accès à une puissance de calcul élevée pour entraîner et exécuter les modèles d’IA. Ces décisions d’exportation peuvent donc avoir des répercussions sur l’innovation, l’investissement et la concurrence dans l’ensemble du secteur technologique.
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