L’entreprise chinoise de robotique UBTech franchit l’une de ses étapes les plus importantes à ce jour vers l’internationalisation des robots humanoïdes, en s’associant au géant européen de l’aéronautique Airbus pour déployer ses robots Walker S2 dans la construction aéronautique.
Cet accord fait entrer les robots Walker S2 d’UBTech dans l’un des environnements industriels les plus complexes et les plus strictement réglementés au monde, tout en mettant en lumière l’offensive accélérée de la Chine pour prendre la tête de la prochaine phase de l’automatisation industrielle.
Aux termes de l’accord, Airbus a acheté des robots humanoïdes Walker S2 d’UBTech et travaillera avec l’entreprise basée à Shenzhen afin d’étudier leur utilisation au sein de ses sites de production aéronautique. Aucun des deux partenaires n’a précisé combien de robots étaient concernés ni le montant de l’opération, mais l’accord semble correspondre à une collaboration en phase initiale, axée sur des essais plutôt que sur un déploiement à grande échelle.
Pourquoi la construction aéronautique
La production aéronautique compte parmi les secteurs les plus exigeants au monde et figure parmi les plus difficiles en matière d’automatisation industrielle. Les processus d’assemblage exigent une précision extrême, un respect strict des règles de sécurité et l’exécution de tâches en constante évolution sur de vastes ateliers encombrés. Les robots industriels traditionnels, généralement fixes et programmés pour une seule tâche, peinent dans ce type d’environnement.
C’est là qu’interviennent les essais de robots humanoïdes . En testant des robots humanoïdes, Airbus montre son intérêt pour des machines capables d’accomplir des tâches traditionnellement prises en charge par des humains, comme déplacer des composants, utiliser des outils ou travailler sur plusieurs postes. Ces robots offriraient par ailleurs régularité et endurance. Les robots humanoïdes sont jugés particulièrement intéressants, car ils peuvent être déployés dans des usines existantes sans refonte majeure, contrairement aux systèmes d’automatisation fixes traditionnels.
La décision d’Airbus de tester des robots humanoïdes laisse penser que l’entreprise cherche sérieusement à déterminer si cette flexibilité peut se traduire par de réels gains de productivité.
Dans les entrailles du Walker S2 d’UBTech
Lancé en juillet dernier, le Walker S2 d’UBTech est le robot humanoïde phare conçu par l’entreprise pour les environnements industriels. Selon des informations du South China Morning Post, le robot mesure environ 1,76 mètre et pèse quelque 70 kilogrammes, soit à peu près la taille d’un adulte. Il est équipé de bras et de mains agiles, d’un système de vision lui permettant de comprendre son environnement et d’une taille pivotante qui lui permet de tourner de près de 180 degrés sans bouger les pieds.
Il peut transporter des charges allant jusqu’à 15 kilogrammes et marcher à une vitesse comparable à celle d’un humain pressé, ou à une allure similaire à celle d’un humain dans une usine. L’une de ses caractéristiques les plus remarquables est sa capacité à remplacer lui-même ses batteries de manière autonome, ce qui lui permet de continuer à travailler sans longues pauses de recharge. Ce fonctionnement continu est particulièrement intéressant pour les usines qui tournent en plusieurs équipes.
Sur le plan logiciel, le Walker S2 fonctionne grâce au système d’intelligence artificielle « Co-Agent » développé en interne par UBTech. Celui-ci coordonne les mouvements, la perception et l’exécution des tâches, aidant le robot à coordonner ses déplacements, à reconnaître les objets et à s’adapter à différentes tâches lorsqu’il évolue dans un environnement de production.
Des usines chinoises aux chaînes de production mondiales
L’accord avec Airbus fait suite à un partenariat similaire annoncé le mois dernier à l’étranger avec le fabricant américain de semi-conducteurs Texas Instruments, qui teste déjà le Walker S2 sur ses lignes de production. Ensemble, ces accords témoignent d’une stratégie d’expansion internationale offensive visant à démontrer que les robots humanoïdes chinois peuvent répondre aux exigences des industriels du monde entier.
L’expansion offensive d’UBTech au-delà de la Chine cible des secteurs tels que l’aéronautique, les semi-conducteurs, la construction automobile et l’électronique grand public. Sur son marché intérieur, UBTech a déjà fourni des robots Walker S2 à de grands clients, parmi lesquels le constructeur de véhicules électriques BYD et le géant de la fabrication électronique Foxconn.
Fin décembre, environ 1 000 unités du Walker S2 avaient été produites dans l’usine d’UBTech à Liuzhou, dans le sud de la Chine, plaçant l’entreprise parmi les principaux fabricants mondiaux de robots humanoïdes en volume d’expédition.
Une croissance rapide portée par l’élan des investisseurs
Fondée en 2012 à Shenzhen, UBTech est devenue la première start-up chinoise de robotique humanoïde à entrer en Bourse lorsqu’elle s’est introduite à Hong Kong à la fin de 2023. L’entreprise a fait état de commandes de robots humanoïdes atteignant 1,4 milliard de yuans (environ 201 millions de dollars US) l’an dernier et prévoit d’expédier des dizaines de milliers de robots humanoïdes industriels cette année, à mesure que la production monte en puissance.
Les investisseurs ont rapidement réagi avec confiance à la suite de son offensive internationale. L’action UBTech a progressé de près de 7 % après l’annonce de l’accord avec Airbus, signe d’un optimisme croissant quant au rapprochement des robots humanoïdes avec un usage commercial à grande échelle.
Une nouvelle course à la robotique s’intensifie
Ce partenariat reflète également la concurrence mondiale plus large dans le domaine de la robotique humanoïde. Face aux pénuries de main-d’œuvre, à la hausse des coûts et à la pression croissante en faveur de l’automatisation, les industriels suivent attentivement l’évolution de ces robots pour déterminer s’ils peuvent tenir leurs promesses. Certains dirigeants du secteur ont décrit le développement des robots humanoïdes comme une « course à l’espace » moderne, la Chine cherchant à prendre une longueur d’avance grâce à un déploiement commercial et à une montée en échelle plus rapides.
Pour Airbus, cette collaboration constitue une expérimentation importante sur l’avenir de la construction aéronautique. Pour UBTech, c’est un vote de confiance très visible et un nouveau signe que les robots humanoïdes chinois commencent à trouver leur place dans les ateliers les plus avancés du monde.
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