Les clouds privés sont une cible mouvante – pour les clients comme pour les fournisseurs –, alors même qu’ils sont redéfinis dans un monde du cloud hybride en pleine expansion. Certains vont même jusqu’à les rebaptiser, en parlant de clouds dédiés, de clouds internes ou de clouds d’entreprise. Les appellations peuvent varier, mais les principaux enjeux de sûreté et de sécurité restent les mêmes.
À l’heure où les clouds publics occupent le devant de la scène médiatique, les clouds privés ne vont pas disparaître sans résister. Pourquoi ne s’en vont-ils pas ?
Les clouds privés existent en raison des préoccupations des clients concernant la sécurité, la confidentialité des données et la conformité réglementaire. Ils sont déployés sur site, dans le datacenter du client – et bien à l’intérieur de ses pare-feu. Ils exécutent des logiciels cloud, permettant aux clients de déployer de nouvelles applications – et de les retirer – aussi rapidement que les clouds publics. Mais les clouds privés sont gérés sous l’œil vigilant des administrateurs informatiques de l’entreprise ou de fournisseurs externes.
En ce sens, il s’agit de la « cloudification » des applications et des données d’entreprise traditionnelles. Après tout, ce sont les crises financières de 2008/2009 et celles de la pandémie actuelle qui ont accéléré l’adoption du modèle cloud en tant qu’innovation puissante pour les entreprises. Le modèle cloud flexible – avec ses ressources à la demande et son paiement à l’usage – trouve une nouvelle place au sein de la « cage de verre » du datacenter.
Cloud privé : déployé partout
Les clouds privés peuvent être déployés n’importe où dans l’environnement de cloud hybride ou multicloud d’un client. Ils sont particulièrement intéressants pour les secteurs fortement réglementés comme la finance, la santé et les télécommunications – ainsi que pour les administrations publiques du monde entier. Ces secteurs font l’objet d’un contrôle important de la part des gouvernements des pays où ils opèrent.
Le respect des réglementations relatives à la protection des données financières, des informations permettant d’identifier une personne (PII) ou des informations médicales (HIPPA) est obligatoire dans certaines zones géographiques, notamment en matière de protection des données à l’échelle nationale (par exemple, en Allemagne, au Canada et dans d’autres pays).
Les politiques et les bonnes pratiques applicables à un éventail d’entreprises réglementées sont similaires et s’attachent à respecter les réglementations nationales et régionales, comme le RGPD dans l’Union européenne et la réglementation CCPA en Californie.
Les niveaux de sécurité, les accords de niveau de service et les objectifs de disponibilité – tous ces éléments définissent les paramètres du cloud privé. Les clouds privés reposent sur la flexibilité, l’évolutivité et les modèles de paiement granulaires des clouds publics, mais sans certains de leurs inconvénients, comme les transferts coûteux de grandes quantités de données vers le cloud public et depuis celui-ci.
Le cloud privé continue de progresser
Le modèle du cloud privé gagne du terrain – en particulier dans les secteurs réglementés comme la finance et les télécommunications.
Les données de l’enquête menée par IDC auprès des clients, fondées sur une étude de 2 200 sites clients, montrent que les clouds privés ont progressé en 2021-2022. Les répondants estimaient que les clouds privés – qu’ils soient hébergés sur site (30 %) ou par des sociétés d’hébergement tierces (9 %) – représenteraient plus de 40 % de leurs déploiements cloud d’ici 2023.
La même enquête montre que le passage aux clouds publics est plus progressif que ne pourraient le laisser penser les gros titres de l’actualité. Les clouds publics – qui fournissent des services SaaS, IaaS et PaaS par l’intermédiaire de fournisseurs de services cloud (CSP) – représentaient au total 29 % des workloads sur ces sites clients en 2021, une proportion que les répondants s’attendaient à voir atteindre 31 % en 2023.
La prudence s’impose ici : je dois préciser qu’une forte tendance se dessine en faveur des déploiements multicloud, qui exploitent à la fois les ressources des clouds publics et celles des clouds privés pour les applications et les données.
IDC prévoit que les environnements multicloud – qui s’appuient à la fois sur des clouds publics et des clouds privés – progresseront rapidement, passant de 45 % en 2020 à 62 % en 2022. Ces données replacent les clouds privés dans un contexte plus large. Les clients peuvent décider de conserver certaines workloads à proximité, dans des clouds privés, et rester libres de déployer d’autres workloads dans les clouds publics de CSP, comme AWS, Microsoft Azure, Google Cloud Platform, IBM Cloud, Oracle Cloud, Alibaba et d’autres. Certaines workloads resteront déployées hors cloud dans les datacenters des clients.
Ce qui stimule l’utilisation du cloud privé
Dans le monde de l’entreprise, les chemins vers le cloud privé sont nombreux. Les forces les plus puissantes en faveur du cloud privé sont les préoccupations de sécurité, notamment les craintes liées aux cyberattaques et aux rançongiciels. Ces menaces sont bien réelles – et la plupart des grandes entreprises ont subi des attaques de sécurité à plusieurs reprises.
De nombreux clients voient se succéder des attaques de sécurité – grandes ou petites – tout au long de l’année. Ils estiment que la meilleure défense consiste à prendre l’offensive – et ils conservent en interne, dans des clouds privés, les applications transactionnelles, financières et génératrices de revenus.
D’autres se remettent des clouds publics. Ils ont peut-être déployé de nombreuses applications dans le cloud public – avant de décider d’en rapatrier certaines en interne, dans des clouds privés. Certains clients qualifient même ce processus de « rapatriement » des applications et des données.
Les avantages du passage au cloud privé
Pourquoi le cloud privé est-il un facteur déterminant dans les décisions de migration vers le cloud ?
Frais de transfert des données. Les frais d’entrée et de sortie des données se sont, pour beaucoup, accumulés au fil du temps jusqu’à représenter des coûts élevés de transfert de données. Il s’avère que la « gravité » des données est bien réelle – et qu’il est plus logique de conserver les grands jeux de données au même endroit, quel qu’il soit, plutôt que de les déplacer et de les redistribuer vers de multiples emplacements dans le monde. En d’autres termes : ce sont les applications qui doivent aller aux données, et non l’inverse.
Évolution des compétences. Les changements démographiques ont un impact important sur les déploiements. Lorsque les collaborateurs informatiques plus âgés partiront à la retraite, ils emporteront également avec eux leurs compétences liées aux workloads transactionnelles. Il est donc réellement nécessaire de former les jeunes informaticiens à la maintenance de certaines des workloads stratégiques les plus importantes, lorsque le temps le permet.
Mise à jour des applications. Les entreprises modernisent leurs applications vieillissantes (âgées de 7 à 10 ans ou davantage) en les remaniant et en les réinventant pour une utilisation dynamique, centrée sur le cloud. Ces changements permettent aux jeunes développeurs de travailler avec des langages dédiés au développement d’applications cloud natives, comme Python et R, en plus de Java et .Net – les grands marqueurs du développement d’applications Internet dans les années 1990. Ils exploiteront probablement à la fois des machines virtuelles (VM) et des conteneurs logiciels, en utilisant chacun selon les besoins.
Outils d’IA et de ML. L’IA et le ML jouent eux aussi un rôle croissant dans le développement des applications de nouvelle génération. L’IA permet aux développeurs d’analyser rapidement des millions de lignes de code afin d’y détecter des failles de sécurité ou du code devant être mis à jour pour fonctionner sur de nouveaux systèmes. Par ailleurs, le perfectionnement des modèles de machine learning permet au fil du temps de coder plus efficacement dans le cadre des pratiques DevOps.
Migration vers le cloud. La migration des applications d’entreprise vers le cloud – accélérée par la pandémie – permet aux workloads d’entreprise et transactionnelles de rester à proximité, où elles peuvent être étroitement surveillées, en s’exécutant dans des clouds privés.
Quel avenir pour le cloud privé ?
Nous avons déjà largement abordé le débat autour du cloud privé. Les clients devront mûrement réfléchir à leurs prochains choix de déploiement. Doivent-ils déployer des clouds privés, ou non ? Doivent-ils exclusivement se tourner vers les clouds publics, puisque les logiciels de gestion des CSP protègent efficacement les données et les applications ? La réponse est peut-être les deux : les clients peuvent choisir leurs modèles de déploiement cloud préférés – puis continuer à accéder aux applications et aux données grâce à un environnement multicloud, afin d’obtenir ce dont ils ont besoin – au moment où ils en ont besoin.
Enfin, nous nous attendons à voir apparaître ces trois tendances à mesure que les clouds privés se développent dans une approche toujours plus multicloud des déploiements cloud :
- L’infrastructure « as-a-service ». Les fournisseurs proposent de nombreuses offres « as-a-service ». Il s’agit de systèmes préconstruits et préconfigurés – souvent livrés en racks – capables d’évoluer selon les besoins. Ces systèmes as-a-service permettent de réduire les délais d’installation et de maîtriser les coûts d’exploitation, tout en externalisant l’infrastructure auprès de tiers.
- Gestion des workloads par les fournisseurs et les tiers. Autre point tout aussi important pour les clients : les systèmes « as-a-service » sont configurés et gérés par les OEM et des fournisseurs externes. La sécurité, la disponibilité et la flexibilité sont les principaux avantages de cette approche, associés à des services cloud fournis selon un modèle de paiement à l’usage. Cette approche s’applique également à un large éventail de systèmes gérés, comme les systèmes d’infrastructure hyperconvergée (HCI) commercialisés par de nombreux fournisseurs de systèmes.
- Systèmes sécurisés. Lors des précédentes vagues technologiques de l’informatique, les systèmes étaient sécurisés dès leur sortie de l’emballage, avant d’être « ouverts » à l’accès des utilisateurs finaux et des consommateurs. Depuis plus de 20 ans, les clients appliquent souvent les logiciels de sécurité après le déploiement. Cette approche laisse souvent des failles dans les ressources de calcul, de stockage ou de réseau, qui peuvent être exploitées par des pirates et des opérateurs de rançongiciels. Une voie possible consiste à peupler les clouds privés de systèmes sécurisés dès leur conception, afin de protéger les applications déployées ou migrées vers le cloud.
Cloud privé : un rôle important
Lorsque le modèle cloud était nouveau – en 2008 –, les responsables métier ont découvert une nouvelle capacité à développer et à déployer rapidement de nouvelles applications, plus vite qu’auparavant – et à les payer par carte bancaire s’ils souhaitaient contourner les processus traditionnels de financement informatique. À l’époque, le modèle cloud était à la fois innovant et inédit – même si les informaticiens connaissaient depuis de nombreuses années les fondements du cloud. Aujourd’hui, le cloud a atteint sa maturité – tout comme les applications métier qui souhaitent utiliser les clouds, publics comme privés, pendant encore de nombreuses années.
Le défi qui attend les responsables métier et les directeurs informatiques dans les années à venir sera de savoir comment utiliser le cloud, et non plus de décider s’il faut l’utiliser.
Il est clair que les clouds privés s’imposent comme une option utile, sécurisée et bien gérée au sein de l’univers en expansion du cloud computing : ils joueront un rôle important dans la transformation numérique et la migration vers le cloud, à mesure que les applications et les données d’entreprise évoluent ou se transforment pour adopter de nouvelles formes adaptées à des opérations centrées sur le cloud en 2025 et au-delà.

